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Les miracles d'un collectif flamand. Le Figaro 7 nov 2005.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
TG STAN Metteur en scène
Texte : Les miracles d'un collectif flamandUN VENDREDI à 20 heures, après une semaine harassante, vous vous embarquez pour un spectacle de trois heures vingt sans entracte ; un spectacle qui s'inspire d'un film des années américaines de Louis Malle,
My Dinner with André (1981, 1 h 50) que nourrissaient les retrouvailles, à table, de deux hommes de théâtre aux destins différents dans des partitions non éloignées de leurs parcours respectifs, Wallace Shawn et André Gregory.
Sur le plateau de la grande salle du Théâtre de la Bastille, il y a, au fond, des fourneaux au-dessus desquels s'affaire déjà, dans des crépitements, une femme en tablier blanc, tandis qu'un homme jeune, torchon plié sur le bras, comme un bon serveur, l'observe. Il y a une autre femme, qui va passer près de quatre heures assise sur une chaise, une brochure sur les genoux, juste derrière la table où vont s'installer Damian De Schrijver et Peter Van den Eede. Ils vont deviser, le second surtout parlant d'abondance, tout en mangeant et buvant force vins... Si l'on vous dit qu'aucun spectateur ne décroche, que l'on rit, que le temps s'évanouit miraculeusement, que l'on rit encore et encore, que l'on est ravi, qu'à aucun moment le moindre souffle d'ennui ne frémit, vous vous direz peut-être que cela n'est pas possible. Et pourtant si !
C'est un miracle à la flamande comme le collectif tgSTAN (Stop thinking about names) nous en offre régulièrement depuis des années. Voilà de grands artistes, intelligents, cultivés, travailleurs et ultratalentueux. Sans nul doute l'un des groupes les plus intéressants des Flandres, un groupe qui ne s'enferme pas, et d'ailleurs Peter Van den Eede appartient à la compagnie
de Koe.
La liberté à l'origine du groupe
Deux mois à Paris et bien des bonheurs dramatiques à venir (lire ci-contre). Nous avons choisi, pour parler de tgSTAN, de ceux qui en sont la sève, de rencontrer Franck Vercruyssen, celui qui joue le sommelier silencieux dans
My Dinner with André et que l'on connaît très bien pour l'avoir souvent applaudi dans les spectacles de tgSTAN. De la vie au plateau, fine silhouette, bonnet enfoncé sur le crâne, le pas est léger et la parole vive. Le noyau irradiant de tgSTAN est composé d'un quatuor : Vercruyssen, De Schrijver, Sara De Roo, Jolente De Keersmaeker (soeur d'Anne-Teresa, la chorégraphe), mais c'est une figure à géométrie variable.
De l'époustouflant
Du serment de l'écrivain du roi et de Diderot, vu il y a deux ans déjà à la Bastille, dans le cadre du Festival d'automne, au Thomas Bernhard éblouissant et inoubliable
Tout est calme en passant par
Les Antigones d'Anouilh et Cocteau, tous leurs spectacles participent d'un travail croisé de compagnies. Jamais ils ne s'enfermeront, les tgSTAN qui sont installés à Anvers.
«Ce qui est inscrit à l'origine de notre groupe, c'est la liberté. Il y a plus de quinze ans que cela dure, et nous y parvenons... En 1989, à notre sortie d'école pour certains, lorsque nous avons monté notre premier projet, un théâtre nous a produits, puis nous avons obtenu des subventions spectacle par spectacle. Une manière de ne pas être dans la routine. Aujourd'hui, nous bénéficions de conventions de quatre ans qui assurent une base. Mais les subventions ne suffisent jamais car nous voyageons beaucoup – Flan dres, Pays-Bas, France, Grande-Bretagne, Portugal, Norvège –, et cela coûte cher. Mais c'est important de rencontrer des publics différents. Nous sommes capables de jouer en flamand, anglais, français. En Norvège, nous jouons en anglais, ce qui ne pose aucun problème aux spectateurs, et là nous bénéficions d'une compréhension extraordinaire de notre travail... On ne l'aurait pas imaginé sans y aller !»
Nous aurons l'occasion, dans les semaines qui viennent, de reparler de tgSTAN et de leurs chemins. «Nous avons plusieurs manières de décider d'un travail, explique Franck Vercruyssen. Parfois un seul d'entre nous propose une idée et nous suivons, parfois c'est un groupe, une envie de travailler ensemble, et nous cherchons la pièce que nous pourrions jouer.» Pas d'équipements lourds à gérer, mais plutôt l'habitude de conversations, des curiosités, des porosités. Pas de metteur en scène omnipotent, mais un faisceau d'énergies, des initiatives. Ici, chacun apporte sa réflexion, son désir, son savoir. Et si un propos lie la constellation tgSTAN, c'est une réflexion ouverte sur le théâtre même. On en revient toujours à cette question-là. Qu'est-ce que le théâtre, le jeu, la relation du plateau à la salle, qu'est-ce qu'un texte de théâtre, qu'est-ce qu'une situation dramatique, etc. Ne ratez pas les grandioses considérations sur Grotowski qui ouvrent My Dinner with André... De la distanciation, de la distance, une merveilleuse ironie. C'est tgSTAN.
Armelle Héliot
Source Externe : Le Figaro 7 nov 2005.
Inséré le : 07/11/2005 00:00