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Présentation de la compagnie Tg STAN


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

TG STAN Metteur en scène

Texte : Présentation de la Compagnie tg STAN

« On ne bazarde pas Stanislavski, simplement on ne l'utilise pas à 100%. On incarne des personnages, mais à notre façon. » Ces mots de Frank Vercruyssen, l'un des quatre piliers du collectif anversois tg Stan, sont importants. On ne prête qu'aux riches, dit-on ; et les traditions sont faites pour être bousculées, tout comme les habitudes. tg Stan énerve, agace, perturbe... Mais ce collectif d'amis qui a choisi de consacrer leur vie au théâtre ne prétend pas en remontrer au monde ni donner des leçons à qui que ce soit. Que l'on écoute Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver, Sara de Roo ou encore Frank Vercruyssen, ce qui frappe d'abord, c'est leur passion du jeu, le plaisir de jouer, d'être des acteurs. Un jour, ils ont ouvert une boîte - ou un coffre - dans laquelle il y avait un trésor. On ne dira pas grand-chose de ce trésor en précisant qu'il a beaucoup à voir avec le virtuel. Pourtant c'est sans doute à partir de là que tout commence. La scène est un point de fuite. Cet espace où convergent tous les regards possède une mystérieuse qualité vibratoire. Encore faut-il être en mesure de la saisir, comme on saisit une chance, par exemple. Quelle est la différence entre un langage vivant et un langage mort ? Qu'est-ce qui fait qu'une phrase existe ? Par quel miracle réussit-on à débarrasser les classiques de la couche de poussière qui les étouffe ? « Il tombe en quelque sorte, par négligence, de plus en plus de poussière sur les grands tableaux anciens, et les copistes copient en même temps, plus ou moins laborieusement, ces taches de poussière », notait Bertolt Brecht. Un jour qu'ils travaillaient à la table sur une pièce du répertoire au Conservatoire d'Anvers avec leur professeur Matthias de Koning ces jeunes apprentis comédiens montrèrent un enthousiasme particulièrement virulent. « On avait compris, on savait comment s'y prendre avec ce texte, avec nos personnages », se souvient Damiaan De Schrijver.
C'est alors que Matthias de Koning, sans se départir de son calme, leur fait cette remarque : « Est-ce que vous seriez capables de jouer cette pièce demain ? ».
Consternation, étonnement, trouble. Voilà que nos comédiens en herbe se grattent la tête, inquiets. Ils n'avaient pas pensé à une telle éventualité. Jouer comme ça, tout de suite, sans répétition... Et c'est pourtant de là que tout est parti. Exit le tempérament théâtral, le beau jeu, la virtuosité de l'acteur. À la place, l'urgence, le risque, la fragilité sur le fil du rasoir. « Matthias a bouleversé notre vision du théâtre, remarque Frank Vercruyssen. Après, plus rien n'était pareil et impossible de revenir en arrière. »
Cette qualité brute, heurtée, un peu rugueuse du théâtre de tg Stan est donc née ainsi, accouchée par leur professeur et ami Matthias de Koning. C'est un refus du lisse, de l'évident. Rien ne va de soi. Tout est question. Sans filet, l'engagement est tout autre, mais le dérapage fait partie du programme. Jouer ce n'est pas être sur des rails. Il en résulte une vibration ironique associant dans un même mouvement le grave et le dérisoire, ce dont témoigne notamment un spectacle comme Tout est calme (Maître) d'après Thomas Bernhard ou encore du serment de l'écrivain du roi et de diderot d'après le Paradoxe sur le comédien de Denis Diderot. Précisons que ce dernier spectacle était interprété par Damiaan De Schrijver, Matthias de Koning (Maatschappij Discordia) et Peter Van den Eede (de Koe). Car si tg Stan est un collectif, cette compagnie ne déteste pas accueillir des invités, de même que ses membres sont eux aussi libres de travailler sur leurs propres projets. Et ceci tient à l'histoire originale de ce quatuor peu ordinaire.
En effet, dès leur sortie du Conservatoire, ils ont décidé de créer leur propre compagnie. Le nom tg Stan est vite trouvé. “tg” pour toneelspelersgezelschap (compagnie théâtrale en néerlandais) et “STAN” pour Stop Thinking About Names. Règle numéro 1 : chacun est à la fois metteur en scène, acteur, dramaturge, traducteur - précisons que les créations de tg Stan sont généralement interprétées en néerlandais, anglais et français. « L'idée, c'était de constituer un groupe de comédiens qui soient responsables d'eux-mêmes, qui choisissent leur répertoire et le mettent en scène eux-mêmes au lieu d'attendre patiemment que quelqu'un vienne leur proposer quelque chose », dit Damiaan De Schrijver. Tandis que Frank Vercruyssen ajoute : « Stan n'est pas une compagnie au sens ordinaire, son but est d'être un support, un véhicule pour réaliser les rêves de ses membres ». Et cela marche ainsi depuis 1989, date de la création de la compagnie ! Règle numéro 2 : pas de répétitions. Autrement dit, c'est à la table que se fait l'essentiel du travail. « En fait, on en discute parfois longtemps, mais quand on prend la décision de monter une pièce, le processus de travail est déjà engagé. Nous avons déjà à l'esprit nos intentions de jeu, notre motivation en tant que comédiens », explique Jolente De Keersmaeker. Cela suppose une très forte complicité. Et c'est peut-être là le véritable secret de tg Stan, cette capacité d'écoute entre comédiens, cette ouverture d'esprit et ce respect de l'autre. En France, c'est grâce au Festival d'Automne à Paris que l'on découvre en 1999 la palette de tg Stan avec trois spectacles, JDX - Un ennemi du peuple d'après Ibsen, Platonov de Tchekhov et Quartett d'Heiner Müller dans une version jouée et dansée par Frank Vercruyssen et Cynthia Loemij, danseuse de la compagnie Rosas. En tant que collectif, tg STAN collabore avec d'autres compagnies, accueille d'autres comédiens et mène au bout du compte de nombreux projets parallèles. Une liberté qui aurait pu avoir raison de l'unité et de la complicité du groupe. Il n'en est rien. « Je crois qu'avec le temps, nous avons appris à gérer nos différences et nos oppositions. On joue ensemble de nouveau tous les quatre dans Poquelin, notre spectacle d'après Molière. Et même si on était dispersés jusque-là par nos projets respectifs un peu partout en Europe, j'ai le sentiment que l'on n'a jamais été aussi proches », dit Sara De Roo. À quoi Jolente De Keersmaeker renchérit : « Notre chance jusqu'ici, c'est d'avoir su aussi nous éloigner les uns des autres pendant quelques temps. Cela nous a enrichi et, du coup, nous nous sommes retrouvés avec des idées neuves que chacun apportait. On a récolté les fruits de nos expériences parallèles ». Oui, mais comment se mettre d'accord à quatre sur le choix d'un texte ? Comment conjuguer les désirs des uns et des autres ? « En fait, c'est à chaque fois une combinaison entre les possibilités et les limites de chacun. On confronte nos connaissances, nos goûts, nos envies. Mais ce qui nous stimule, c'est qu'avec chaque pièce on part de zéro », dit Frank Vercruyssen. Et Sara De Roo : « Nous choisissons toujours des textes qui nous obligent à remettre en question notre façon de travailler. » Ce qui peut aller jusqu'à un bouleversement de la théâtralité, de ses artifices, de ses illusions. Non pas pour contester l'idée de représentation, ce qui est une tarte à la crème assez ridicule, mais pour se jouer de ses pièges auxquels on n'échappe pas toujours. Mettre le théâtre sur le grill, jouer avec, s'en jouer, tout en sachant qu'au bout du compte, c'est lui le plus fort. Comme le constate amusée Jolente De Keersmaeker : « Il y a cinq ans, j'étais tombée sur un texte de Thomas Bernhard qui m'enthousiasmait où il disait que " le théâtre est nul ". Et j'étais vraiment d'accord avec lui. Pourtant, aujourd'hui je me dis que non, en réalité le théâtre c'est vraiment bien. »

Hugues Le Tanneur



Source Externe : Théâtre de la Bastille.


Inséré le : 21/10/2005 00:00