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Dance on Glasses La Terrasse Sept 2005.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Amir Reza KOOHESTANI Metteur en scène
Texte : Dance on Glasses.L'Iranien Amir Reza Koohestani distille la violence sourde des rapports amoureux.
« Tout a commencé par des maux de tête lancinants. » glisse une voix dans l'obscurité, amorçant l'étrange récit d'un songe » obsessionnel qui va doucement émerger de l'ombre. Deux paires de tennis abandonnées apparaissent dans un îlot de clarté, sur une table immense qui scinde l'assemblée des spectateurs. Une ombre ruisselante de lumière troue la pénombre. Elle ondule dans le feu, elle danse sur des verres, s'envole ailleurs. Elle s'appelle Shiva, jeune fille qui a fui le foyer familial et qui s'est réfugiée dans la maison de Foroud, son maître de danse. Face à face, calés dans leur chaise à chaque extrémité de la table, ils se parlent, s'affrontent, s'esquivent, repartent à la charge. Si proches, si lointains. Lui, passionnément épris de son élève et muse, mure dans son amour muet, sublime son ardeur en l'associant à la déesse hindoue de la danse Shiva. Elle, avide d'indépendance, expose ses projets, échafaude son avenir : un travail, de l'argent, un appartement, l'autonomie. La parole creuse, lentement, obstinément, le gouffre entre ces deux rivages. Le flot du verbe tournoie, assiège l'autre, ronge la patience, mord les nerfs. Plus il la harcèle, plus elle se replie. Plus il l'enferre, plus elle s'échappe.
Une sobriété de haute tension.La jeune femme s'évade dans son rêve. Elle en mourra, laissant le souvenir de son âme dans les miaulements d'une chatte qui hante le jardin de Foroud. Dans ce conte à la lisière du fantastique, fascinant comme un cauchemar éveillé, Amir Reza Koohestani distille la violence sourde des rapports amoureux, quand l'un cherche la possession plutôt que le dialogue, quand chacun se réfugie dans sa sphère plutôt que de partager. Le jeune auteur et metteur en scène iranien, qui signe là sa troisième pièce, manie subtilement les références, notamment au tazieh, théâtre sacré traditionnel d'Orient ou à
La chouette aveugle, de Sadeg Hedayat, Grand écrivain iranien. Il enchâsse aussi sous la braise des mots des allusions aux libertés forcées des régimes islamiques. Ce duel d'une sobriété de haute tension, magnifiquement interprété par Ali Moini et Sharare Mansourabadi, enveloppe l'atmosphère d'une poésie magnétique. Il trouble, envoûte, et reste en suspension dans la mémoire...
Gwénola David.
Source Externe : La Terrasse Sept 2005
Inséré le : 10/10/2005 00:00