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Pinter ressuscité.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Harold PINTER auteur
Gian Manuel RAU Metteur en scène
Texte : Pinter ressuscité.C'était hier au Théâtre de la Bastille.Tout le théâtre d'Harold Pinter est basé sur l'ambiguïté des personnages et des sentiments. On ne sait jamais s'ils disent la vérité ou s'ils mentent, inventent ou vivent leur vie. Plus qu'un théâtre de l'absurde, c'est un théâtre de la suspicion, de la menace avec l'idée que les mots servent à tuer l'autre. Le crime chez Pinter, c'est la parole.
C'était hier date de 1971. L'auteur vient juste de signer le scénario et les dialogues du film Le Messager de Joseph Losey, qui obtient au Festival de Cannes la palme d'or. C'était hier met en présence trois personnages, deux femmes et un homme, qui ont pu avoir un passé commun. Connaître des relations d'amitié et d'amour. Mais en est-on sûr ? Ne s'agit-il pas de leur part d'un jeu pour éprouver leurs sentiments, d'une épreuve dans laquelle chacun tente de dominer l'autre ? La mémoire chez Pinter est toujours suspecte de trahison. A
C'était hier, succède dans le même spectacle
Paysage, égale variation sur le passé entre deux êtres.
CRITIQUE : Enfin Pinter débarrassé des oripeaux de la mise en scène des années 60 avec silence appuyé, lenteur de l'action, pose des personnages. Le jeune metteur en scène suisse Gian Manuel Rau, dont c'est le premier spectacle en France, réussit à nous épater, à rendre neuf un auteur qui commençait à être un peu trop vénéré, jusqu'à l'ampoulement. Rau joue avec le texte et les personnages, comme un artiste conceptuel s'empare des objets. Aux ruptures de ton du texte, aux phrases en suspens, il répond par la chute des corps, jeux brefs de lumière, poses sculpturales, arrêts sur situation. Autant d'éléments qui éclairent les sentiments des personnages, leur donnent une dimension humaine, sans jamais parasiter l'écriture. Pinter en devient soudain d'une jeunesse évidente, plein d'une insolence qu'on ne connaissait pas à son théâtre. On assiste là à la naissance d'un grand metteur en scène. Gian Manuel Rau, qui a travaillé avec Thomas Ostermeier, a hérité de sa puissance scénique. On le retrouvera la saison prochaine aux Gémeaux à Sceaux dans une mise en scène des Revenants d'Ibsen.
Jean-Louis Pinte
Source Externe : Le Figaroscope mardi 22 juin 2005
Inséré le : 22/06/2005 00:00