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Les antigones (Texte d'atelier d'écriture)
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
TG STAN Metteur en scène
Texte : Même dans les mises en scène les plus radicales, il faut bien chercher un moment pour commencer à jouer. Chez la troupe Tg STAN cela se produit rapidement, sans violence. Dans leur « Antigone », il est aussi important de jouer que de lui enlever toute importance au passage à l'acte. Probablement parce qu'ils sont conscients que la violence envers le spectateur, si on peut la qualifier comme ça, arrivera plus tard, quand Antigone affrontera son oncle deux fois de suite, d'abord dans le texte de Cocteau, élégant et classique, puis dans les mots d'Anouilh, directes et brutaux. Antigone brave l'interdiction de son oncle Créon, roi de Thèbes, de donner repos aux restes de son frère Polynice, qui avait essayé de prendre la ville à Etéocle. Son obstination la conduira à un conflit irrémédiable avec Créon, prêt à appliquer la loi malgré le fait qu'Antigone est la fille de l'ancien roi, Œdipe.
Le texte de Cocteau, selon ses propres mots, sert de synopsis à une tragédie qui ne se développe pleinement que dans la deuxième partie d'Anouilh. Et le pari de Tg STAN semble être le suivant : quand on a des vérités à cracher au visage de l'autre, il vaut mieux le faire calmement. Certes, l'effet est plus net, plus profond, pourvu que le but, bien entendu, soit d'amener le spectateur à une réflexion sur lui-même, sur le pouvoir, la justice ou les soi-disant nécessaires compromis de la vie. S'il s'agît plutôt de le terroriser ou de le punir, il vaut mieux alors prendre un avion et le faire exploser contre un gratte-ciel, en directe, ou bombarder un village quelconque, devant les caméras.
Dans la mise en scène proposée par Tg STAN, il faut garder ses forces pour la fin. Elle est angoissante et difficile à avaler. L'interprétation des comédiens est électrisante, leur jeu monte en puissance jusqu'à tétaniser le spectateur. Plus Créon parle à Antigone, plus le vide entre eux se creuse. C'est étonnant, le nombre de mots qu'il faut pour exprimer la non-communication entre deux être humains... Et pourtant, après les révélations de Créon sur Etéocle et Polynice, Antigone, somnambule, est prête à rendre ses armes (sa jeunesse) à son oncle, qui lui veut « seulement du bien ». L'entrée en scène d'Ismène est doublement ironique : maladroite dans son élan tardif, elle crie sa solidarité avec Antigone et condamne ainsi sans le savoir sa sœur à son destin fatal. C'est à ce moment-là où le pari risqué de Tg STAN apparaît à nos yeux plus subtil que jamais : la présence respectueuse des autres comédiens sur la scène, presque nue, devient un appui inattendu, dans tout le sens du terme, pour le spectateur, comme si le fait de partager le malheur d'Antigone avec eux nous rendait plus proches de son agonie ou de celle de son fiancé, Hémon. Ils sont là, eux aussi, prêts à écouter les cris de rage d'Antigone et la sourde colère de son oncle. Un regard sur eux suffit pour tenir jusqu'à la fin. Et pourtant, leur témoignage nous gêne d'une certaine façon, comme si la tragédie de Créon et sa nièce était une affaire de voyeurisme entre eux et nous. Créon ne parlera pas après, et Antigone va mourir certainement. Il ne reste qu'eux, ces comédiens muets qui nous regardent à la fin, et nous. Alors, pourquoi cette sensation d'embarras ? Est-ce qu'on a quelque chose à se reprocher ?
Créon était-il si inhumain, ou c'était Thèbes si inhumaine qu'elle exigeait des gestes aussi cruels ? Quel est alors nôtre rôle à nous, ses citoyens ? L'amour de Créon pour Antigone est celui de l'homme obsédé par le pouvoir : elle est là pour donner exemple, elle est aimable parce qu'elle est la fille du Roi. Notre rôle à nous est celui des témoins : on est sains et saufs parce que nos choix sont ailleurs. Dans la tragédie on est tranquille, disait Anouilh. Jusqu'à un certain point.
Jordi Zamora
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Source Externe : Théâtre de la Bastille
Inséré le : 21/06/2005 00:00