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Les Antigones (Texte atelier d'écriture)
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
TG STAN Metteur en scène
Texte : Les Antigones Modernes de Jean Cocteau et jean Anouilh un spectacle de la compagnie Tg STAN
La compagnie Tg STAN (Stop Thinking About Names), créée à Anvers en 1989, présente au théâtre de la Bastille, du 4 au 21 décembre, “Les Antigones” de Jean Cocteau et Jean Anouilh.
Victime terriblement volontaire, Antigone incarne pour moi cette image fascinante et mystérieuse de l'héroïne tragique. Ne supportant pas d'être soumise à la loi de Créon, elle va transgresser son interdiction en recouvrant le corps de son frère d'une fine couche de poussière. Or le roi avait ordonné qu'à Etéocle, le bon frère, il serait fait d'imposantes funérailles, mais que Polynice, le révolté, le voyou, serait laissé sans pleurs et sans sépulture, la proie des corbeaux. Quiconque oserait lui rendre les devoirs funèbres serait impitoyablement puni de mort.
Le théâtre de la Bastille nous présente deux versions de cette tragédie. L'Antigone de Jean Cocteau et celle d'Anouilh, écrites en 1922 et 1944 respectivement. Que dire d'abord de ce spectacle ? Dès l'arrivée dans la salle, une comédienne établit un rapport convivial avec le public, nous adressant des saluts de bienvenue tout en proposant le programme de la soirée. Les autres comédiens, autour d'une table, regardent le mouvement d'installation des spectateurs. Est-ce un artifice pour séduire le public, me suis-je demandé non sans une certaine méfiance. En tout cas, la salle semble prendre plaisir à ce jeu, car une ambiance chaleureuse se fait vite sentir. Disons que ce dispositif dérange agréablement ma perception habituelle.
Il n'est qu'à lire le programme pour apprendre que la compagnie STAN travaille sans metteur en scène et installe l'acteur au centre d'une démarche fondée sur la destruction de l'illusion théâtrale. La comédienne qui s'adresse directement au spectateur brouille les pistes de l'écriture dramatique. Ayant lu la pièce avant de venir au théâtre, je m'aperçois
progressivement, et non sans surprise, que ce ne sont plus les paroles de la comédienne que j'entends, mais celles du personnage. Ceci est plus clairement perçu dans le texte d'Anouilh, qui commence par un prologue nous présentant les personnages : “Voilà. Ces personnages vont vous jouer l'histoire d'Antigone...”
Quel effet produit sur moi cette représentation ? Cette manière de raconter et de prendre en charge le spectateur offre une grande lisibilité du texte. La scène opposant Créon à Antigone est très originalement traitée. Leur échange évoque par moments une scène banale de notre vie contemporaine, dans laquelle la communication n'arrive pas à s'établir entre un père désireux de faire respecter sa loi et une jeune fille entêtée et déterminée.
Le texte d'Anouilh, bien que témoignant d'une fidélité au drame conçu par Sophocle, désacralise le mythe et marque ses distances avec l'héroïsme tragique. L'invention du personnage de la Nourrice, qui intervient dès la première scène, ramène l'intrigue à des dimensions bourgeoises et familiales.
Ce magnifique spectacle m'a bouleversé parce qu'il construit un espace entre l'auteur et le spectateur qui laisse place au plaisir et à la réflexion. Le dispositif une fois installé, nous suivons pas à pas les actions et les conflits, mais là il ne s'agit plus d'interpeller le spectateur par une adresse brechtienne, chacun choisit son sens.
Les comédiens sont parfaits et leur accent flamand donne à ce texte un charme supplémentaire. Ils savent utiliser toutes les ressources de l'espace et du jeu pour évoquer ludiquement la révolte d'Antigone face à l'homme d'Etat. Franck Vercruyssen, qui joue avec des béquilles en raison d'un accident, apporte au rôle de Créon une dimension d'impuissance fort significative en l'occurence. En découle une représentation sans lourdeur didactique, qui accroît le plaisir du spectateur de réentendre le texte. L'enchaînement dynamique des éléments permet une meilleure écoute.
La compagnie STAN nous offre un jeu et une écriture scénique témoignant d'une grande maîtrise des moyens rhétoriques de la pièce. Les relations de sexe et de pouvoir, les figures de la séduction et de la violence se dessinent habilement dans l'espace ludique et social. Les propositions de jeu sont claires et légères, et cette forme convient bien à la révolte d'Antigone et à son exigence de justice. Si la destruction de l'illusion théâtrale vise à assurer un passage en douceur entre texte et scène, entre lecture interprétation et écoute du spectateur, l'expérience est on ne peut plus réussie.
queiroz_paulo@hotmail.com
décembre 2001.
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Source Externe : Théâtre de la Bastille
Inséré le : 21/06/2005 00:00