Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

L'horreur et la pureté


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

MARIE VIALLE actrice

Texte : L'horreur et la pureté.

Une admirable interprétation de textes de Guignard par Marie Vialle.

LA PLAINTE DE L'AMATEUR DE THÉÂTRE face à la multiplication des spectacles monologues s'interrompt quand un acteur seul en scène sait vous prendre à la gorge plus sûrement qu'une brochette de comédiens admirables ferraillant avec la plus belle des pièces. Cette réussite, Marie Vialle l'accomplit en jouant le Nom sur le bout de la langue de Pascal Quignard. Marie Vialle, on a pu la repérer dans Casimir et Caroline d'Horvath monté par Jacques Nichet ou dans le feuilleton loufoque du Rond-Point, la Baignoire et les deux chaises. Fine et délicate interprète ! Mais, quand elle prend le parti de jouer un court assemblage de trois contes de Quignard, c'est elle-même qu'elle dévoile et qu'elle porte au théâtre, dans sa relation avec l'un de ses écrivains préférés et son univers singulier. Grande, brune, les cheveux noués en chignon, l'œil amusé, la bouche gourmande, elle entre en scène vêtue d'un violoncelle. Elle est nue, en effet, derrière l'instrument dont elle joue, et se vêtira ensuite d'une veste bleu nuit aux boutons rouges, puis d'un corsage blanc, selon l'humeur des contes qu'elle aborde.

Impudeur? Ou pudeur extrême que cette façon de donner la parole au corps et aux mots après avoir fait entendre et voir la musique ? Les textes de Quignard ont des résonances sexuelles, et Marie Vialle le suggère à sa façon. Mais on assiste surtout à une lutte entre l'innocence et la cruauté. L'art de l'actrice est de plonger dans des mondes glauques en leur opposant une douceur, une pureté, une lumière qui affirment l'existence du mal et l'observent sereinement. Dans le premier conte, un enfant participant à un concours de chant est tué par un ami rival, et son crâne continue à chanter. Dans le deuxième (qui ne dure pas une minute), le paradis disparaît et reparaît. Dans le troisième, une jeune brodeuse affronte les conséquences d'une faute commise par amour. Chaque texte remue des choses terribles (le meurtre, la violence sexuelle) dans un magnifique miroitement des mots et de l'action. Marie Vialle dit les mots, les histoires, comme si elle était portée par le premier degré et bousculée par les degrés souterrains. Sa grâce infinie d'actrice lui permet de réaliser un miracle d'une heure.

GILLES COSTAZ



Source Externe : Politis Jeudi 26 Mai 2005


Inséré le : 02/06/2005 00:00