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Pourquoi pas le brésil.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Bruno BELTRAO chorégraphe-interprète

Texte : Pourquoi pas le brésil.

Sûr que Bruno Beltrao en rit encore de se voir en porte-drapeau de l'Année du Brésil en France, manifestation copieuse jusqu'au risque d'indigestion. Outre cette affiche parisienne (qui s'est achevée le 23 avrii) et une tournée digne de ce nom, coréalisée par le Théâtre de la Bastille, on devrait reprendre une dose de son Grupo de Rua de Niteroi dès l'automne prochain avec H2-2005 à la ferme du Buisson et au Centre Pompidou sous le label, quelque peu incongru Festival d'Automne.
Au départ, Beltrào ne pensait pas à être chorégraphe. "A 9 ans, je passais mes week-ends à en créer avec mes amis. On écrivait le scénario. on faisait les acteurs. Je voulais faire autant que Spielberg" Mais en boite de nuit, il découvre d'autres possibilités : avec un corps, on peut dire aussi bien qu'avec une caméra. "La danse n'a jamais été pour moi le seul moyen d'expression : jamais je n'ai senti cela. Mais je me suis rendu compte que je pouvais assouvir ce qui me préoccupait à travers la danse."
D'ailleurs, Bruno Beltrào a vite délaissé le hip-hop comme performance pour mettre en scène ses mondes. Il est devenu chorégraphe, d'abord en tandem avec Rodrigo Bernardi, puis seul. Dans une pièce comme Telesquat. on retrouve cet esprit bricolé qui, 50 minutes durant, flirte avec une relative gravité et une joie enfantine. A l'image de ce danseur qui se désape sous nos yeux, espérant ainsi s'alléger, aller plus loin, plus haut. Télésquat était le nom donné, dans les années 50, a des drogués de TV qui ne pouvaient plus s'en passer. Beltrào fait donc dans la piqûre de rappel nécessaire.
On parle beaucoup dans Télésquat, propos sous-titrés, bande-son en VO/VF ou jeu de rôles en salle avec ce danseur fabuleux Eduardo Hermanson, qui donne le micro aux spectateurs et lance "Decrivez-moi". Sur le plateau, le zapping est facile à défaut d'être toujours efficace. Il est question d'un astronaute et de troupes de l'espace, d'une tortue et d'un pingouin. On s'y perd un peu. C'est peut-être voulu.
Le matériau premier du Brésilien reste la rue, celle où l'on traîne. Il n'y pas de télévision dans la rue mais c'est tout comme, le son s'y déverse entre télénovelas à l'eau de rose, football et violences ordinaires, "Le hip-hop a miss sur orbite un vocabulaire riche et innovant. Il nous faut maintenant mettre le hip-hop en crise. En distanciant et disséquant son vocabulaire, on peut decouvrir de nouvelles esthétiques", dit Beltrào, théoricien (in)volontaire de son art.
Plus qu'avec Télésquat, c'est dans un de ces solos, Me and My Choreographer in 63, qu'il touche au but. Porté par l'incandescent Eduardo Hermanson, boule de nerf apeurée, cette pièce livre le danseur à nu, pris dans des rais de lumière qui flanchent. En guise d'accompagnement, un long dialogue entre Beltrào et son interprète. Des écouteurs sur les oreilles, on perd beaucoup de la musicalité de la langue, et plus encore du rythme au corps de Hermanson. Il se frappe le torse, balance des "hum, hum" sonore. D'abord assis, il se contente d'une danse des bras. Il accélère au risque de nous lâcher en route ; ses Jambes enfin se défilent. Beltrào continue son débit de mots : "mort, cancer. Dieu."
Enfin, Eduardo Hermanson nous claque un saut, un grand écart a la figure Personne n'est dupe alors. Au sol, il tend la main, bouge quelques doigts, attrape la lumière et disparaît. Bruno Beltrao peut dire ce qu'il veut, « Si tu regardes trop !a saleté des hommes, tu deviens une merde. » Sans commentaire.

Philippe Noisette



Source Externe : Les Inrockuptibles 27 avril 2005


Inséré le : 19/05/2005 00:00