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L'illusoire innocence de Quivala.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Pascal GRAVAT chorégraphe-interprète
Texte : L'illusoire innocence de Quivala.Retour en enfance, régression, infantilisme, jamais on n'a autant parlé de la difficulté de grandir, de vieillir, qui taraude la société. Véritable baromètre de cette tendance, les chorégraphes contemporaines se pointent nombreux dans la cour de récréation pour jeter leur gourme d'anciens superhéros en manque de pieux combats.
Les résultats spectaculaires se révèlent souvent assez peu passionnants. La panoplie de Superman, en passe de devenir le dernier chic chorégraphique, finit par ressembler à un déguisement usé, portemanteau de fantasmes tous identiques. Au cœur du spectacle
Vaisseaux brûlés, du groupe Quivala, piloté par le chorégraphe Pascal Gravat, qui a été interprète de Jean-Claude Gallotta, notre justicier volant - dont chacun des six interprètes s'est arraché un morceau du costume - dégomme à tout va.
Pour de vrai et de faux, pour rire et pleurer, comme lorsqu'on est enfant. Mais les interprètes n'ont plus 10 ans et leurs jeux, aussi sincères soient-ils, prennent un arrière-goût de paradis perdu, de quête dérisoire, dont le but ne dépasse pas l'amusement immédiat.
Sur un plateau vide et le plus souvent dans le silence, cette traversée de l'enfance affiche sa naïveté volontaire et un premier degré parfois limité.
Connaissant l'hypersensibilité et le vertige existentiel au centre des précédents spectacles de Pascal Gravat, on aurait aimé que certains jeux débordent plus dangereusement des règles que tout le monde connaît. Quelques séquences grignotées par l'angoisse et l'obscurité dégagent des voies escarpées trop peu fouillées par les interprètes.
La construction ralentie de la pièce, son sens de l'imprévisibilité contribuent pourtant à la nimber de mystère jusqu'à la fin. Mais retrouver l'innocence est illusoire et aucun déguisement ne sauve de l'inéluctable chute. Les vaisseaux de Pascal Gravat et du groupe Quivala sont brûlés, les guitares dissonantes, leur chant reste néanmoins celui de la vie, toujours un ton au-dessus du désastre.
Rosita Boisseau
Source Externe : Le Monde 15 fev 2005
Inséré le : 03/05/2005 00:00