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La philo m'a aidé à franchir le pas.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Bruno BELTRAO chorégraphe-interprète

Texte : La philo m'a aidé à franchir le pas.
Bruno Beltrao, jeune chorégraphe brésilien, sort de son cadre hip-hop.
Bruno Beltrao, jeune chorégraphe hip-hop et contemporain brésilien, est devenu la coqueluche des programmateurs européens. L'année du brésil a sans doute précipité l'intérêt pour cet auteur qui porte un regard critique et humoristique sur la street dance qui a guidé ses premiers pas de danseur, dans les rues et dans les clubs de Rio.
Si son duo From popping to pop or vice versa, (2001) présenté aux Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis, très drôle sur la mise à distance du langage hip-hop, avait dénoté un indéniable potentiel, Telesquat, pièce de 2003, en ce moment au théâtre de la Bastille, est apparue plus légère, plus brouillonne. Preuve que les partis pris du chorégraphe ne sont pas si anodins. «Révélation de la danse» pour le quotidien O Globo, Bruno Beltrao, 26 ans, qui a fondé sa compagnie Grupo de Rua de Niteroi en 1994, n'a pas choisi la voie la plus facile. De passage à Paris, il évoque la situation paradoxale dans laquelle il se trouve.
Depuis l'âge de 13 ans, vous étiez hip-hop, pourquoi être allé vers le contemporain ?
J'ai longtemps pratiqué le hip- hop dans mon quartier. En étudiant à 20 ans l'histoire de l'art, la danse contemporaine et la philo à l'université de Rio, en rencontrant des compagnies contemporaines, je me suis rendu compte que le cadre du hip-hop était trop figé, trop étroit. Tout artiste a besoin de mettre sa propre griffe dans une création. Le hip-hop ne me permettait plus de le faire. La rigidité des règlements dans les championnats, les formats, tout me devenait une contrainte. J'ai cherché une ouverture : il fallait tout réinventer.
Le passage d'un milieu à l'autre, d'un langage à l'autre, n'est pas innocent. Comment le vôtre a-t-il été perçu ?
L'étude de la philosophie m'a aidé à franchir le pas, à poser cet acte à la fois artistique, social et politique. La mentalité hip-hop, aussi bien communautaire qu'égocentrique, m'a poussé à aller voir ailleurs, pas pour renier l'acquis, mais pour le placer dans une autre perspective. Les danseurs de rue n'ont pas apprécié. C'était une trahison. Le milieu de la danse contemporaine m'a accepté et nous avons commencé à tourner à l'étranger.
Comment gérez-vous la position conventionnelle de chorégraphe ?
Je me demande souvent si ma démarche est bien honnête, j'impose peut-être trop. Il faut garder les individualités, sources de création en hip-hop, et faire en sorte que ces différentes entités communiquent. Ce qui est conflictuel peut aussi se révéler constructif.
Pourquoi ne travaillez-vous qu'avec des hommes ?
Les impératifs de création font aujourd'hui que l'énergie est plutôt masculine et que les danseurs doivent être très techniques dans le langage hip-hop qui demeure acrobatique. Mais, nous discutons justement de ces «valeurs» censées régir le genre. Le seul fait de mettre la question de la sexualité masculine sur la table provoque des changements dans les comportements.
Comment le travail de votre compagnie est-il pris en compte au Brésil ?
Depuis 1990, les chorégraphes ont commencé à s'organiser, à créer des groupes de réflexion. Mais ce qui est important pour les créateurs ne l'est pas pour les politiques. Par exemple, le fait qu'on tourne à l'étranger ne les intéresse pas. Ils préfèrent que l'on fasse de beaux spectacles pour leur électorat.
Marie-Christine Vernay.



Source Externe : Libération mardi 19 avril 2005


Inséré le : 20/04/2005 00:00