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Un break pour le Hip-Hop.







Un break pour le Hip-Hop.

Bruno Beltrao et sa compagnie en France.
Le chorégraphe brésilien s'attaque aux clichés du Hip-Hop et revisite les danses urbaines.

L'année du Brésil sera-t-elle également celle du chorégraphe Bruno Beltrào ? On pourrait parier que oui. Beltrào, 25 ans, rafle déjà tous les suffrages (en tout cas chez les professionnels) et se présente fièrement en France, où il se produira jusqu'à l'été. Qu'a donc le Brésilien qui le rende si indispensable ? Sa virtuosité de danseur hip-hop ? Son « bagage » philosophique ? Sa capacité à questionner ses acquis ? « Il faut mettre le hip-hop en état de crise ! dit-il ». »Je ne pourrais pas perpétuer une danse qui, ne s'intéressant plus à rien, à part à son propre lexique et à son idéologie, perdrait toute possibilité de déboucher sur de nouvelles aventures. »
Du Beltrào dans le texte ! Pas tendre avec les B-Boys, qui continuent à faire la toupie sur la tête jusqu'à user leur bonnet. Dans le genre, le chorégraphe a donné, jusqu'au ras-le-bol. D'ailleurs, From popping to pop or vice-versa (présenté en prélude à Telesquat) met en scène deux interprètes qui n'arrêtent pas d'arrêter de danser, jouant sans cesse sur un sentiment de frustration aiguë. Pas de flux gestuel puissant propre au hip-hop, qui raflerait le public en deux tours et demi. Les corps
font « pschittt » comme des bouteilles de Champagne, avant de s'immobiliser dans des poses aussi longues que le dos nu d'un danseur. A contempler jusqu'à plus soif. Jusqu'à la lassitude, même : dans le silence, la vision de ce garçon musclé renvoie le spectateur au cliché du beau mâle tel que les clips de rap en consomment par milliers. En berne, donc, les valeurs hip-hop telles que prouesses et jouissance. «Je peux prendre de la distance vis-à-vis de cette esthétique parce que j'en ai été proche pendant un bon moment, commente-t-il. Ses modèles, ses icônes, ses valeurs furent longtemps les miennes. »
C'est à 9 ans que Bruno Beltrâo, né à Niteroi, ville de 500 000 habitants située dans la banlieue de Rio de Janeiro, « dans une famille modeste », commence à s'entraîner en boîte de nuit. Parallèlement, il réalise de petits films le week-end avec des amis. «Je voulais être réalisateur de cinéma. Ce qui est propre au cinéma m'a toujours enchanté : le montage, la 3D pour les effets spéciaux, la technologie comme outil de création, les mondes potentiels à inventer. Danser n'a jamais été un choix délibéré, ni même une aspiration. Disons que, petit à petit, je me suis habitué à l'idée que professionnellement cela pouvait être une option ».
Cette « option » lui réussit plutôt bien et lui permet même aujourd'hui de faire vivre les danseurs qui l'entourent. Dans un contexte économique brésilien féroce, une aubaine rare. « Depuis que la compagnie tourne, nous nous structurons et pouvons maintenant dire que nous vivons entièrement de notre travail de danseurs ». II en fait aussi profiter les plus démunis. Ainsi, pendant qu'il « déconstruit » d'une main la langue hip-hop, il reconstruit de l'autre, en transmettant aux jeunes des quartiers de Niteroi les bases du vocabulaire.
« Le Brésil compte plus de 170 millions d'habitants. Et je sais que de Belém du Parà au nord à Curitiba au sud, de Manaus au Nordeste, le hip-hop est une des expressions qui donnent un sens au parcours de millions de jeunes ici ». De quoi alimenter le robinet philosophique de cette tête chercheuse qui s'attaque dans Telesquat à un autre phénomène de masse : la télé. Dans les années 50, « telesquat » était le nom donné par les médecins à une maladie frappant les individus devenus dépendants de leur télévision. Les « telesquateurs » sont donc invités chez Beltrào d'urgence pour un sevrage d'un soir.

Rosita Boisseau





Source Texte : Télérama 13 Avril 2005

Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Bruno BELTRÃO (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

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