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Gian Manuel Rau.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Harold PINTER auteur
Gian Manuel RAU Metteur en scène
Texte : Pour Gian Manuel Rau, le théâtre a commencé par être un jeu d'enfant. Quand avec Sasha, sa sœur jumelle, ils s'inventaient des rôles dans l'espace de leur chambre, « et que tout devenait possible ». Aujourd'hui, à 35 ans, ils se retrouvent lui à la mise en scène, elle au sein de la distribution de
C'était hier, Paysage, Silence trois courtes pièces d'Harold Pinter, que le jeune metteur en scène suisse (père grison, mère allemande) a composé en triptyque et en français – une première. Etabli à Berlin depuis 1999, Gian Manuel Rau travaille depuis 2002 « en indépendant », courant les villes (St-Gall, Stuttgart, Berlin, Paris, Lausanne...) et autant de mises en scène. Sa stabilité : le théâtre vécu et désiré comme une histoire de famille personnelle et théâtrale.
Les jeux d'enfant ne sont pas tout à fait innocents. Avec une mère critique de théâtre, la famille Rau passe tous ses étés au festival d'Avignon. C'est ainsi qu'à 14 ans, Gian Manuel Rau assiste à
Henri IV de Shakespeare, dans une mise en scène d'Ariane Mnouchkine. « Pour Sasha et moi, ça a été un émerveillement ». Bien plus qu'un simple coup de foudre, car une décision se scelle: le théâtre sera leur vie. A 17 ans, même lieu, même auteur, deuxième choc :
Hamlet mis en scène par Patrice Chéreau. Gian Manuel Rau travaille alors comme photographe de théâtre. Sasha, elle, a pris la décision de partir à Paris, pour devenir comédienne.
«Par rapport à Sasha, mon chemin a été beaucoup plus long ». Il y a le détour par cinq années à étudier les littératures allemande et française à l'Université de Zurich. «Je n'avais pas de curiosité scientifique, ça m'a toujours ennuyé ». Il en ressort avant terme, étranger à « ce regard dogmatique » porté sur la création littéraire. En parallèle, il multiplie les mises en scène: Beckett dont il monte les
Textes pour rien et
La Dernière Bande, Botho Strauss avec entre autres
La Tanière, ainsi que plusieurs performances dans des galeries d'art à Zurich. Une famille d'artistes (comédiens, dramaturges, scénographes, musiciens) se constitue progressivement autour de lui, une troupe libre, « qui fonctionnait à la méthode Cassavetes ». Comprendre ici la famille comme un lieu de complicité où Gian Manuel Rau ne s'épuise pas à répéter inlassablement les mêmes règles. « C'est fatigant de connaître de nouvelles personnes, redire l'indépendance de l'acteur. (...) C'est un très grand effort que de réexpliquer sa vision. » Dans le même ordre d'idée: « J'adorerais travailler avec deux ou trois lieux fidèles, établir une continuité ». Complicité, continuité... Cela vaut également pour les auteurs. « J'aime ceux qui font toujours la même chose »: Beckett, Fosse, Kane, Kleist, Gian Manuel Rau s'y sent chez lui. Sans oublier Pinter.
Berlin, 1999. Après trois années comme assistant de Ruedi Hausermann au Theater am Neumarkt de Zurich, Gian Manuel Rau devient l'assistant de Thomas Ostermeier à la Schaubühne – il quittera en 2001. «Tout près de l'endroit où je faisais ma lessive, je vais chez un bouquiniste et je tombe sur
C'était hier (1970),
Paysage (1967),
Silence (1968), trois courtes pièces d'Harold Pinter réunies en un seul volume. » Trois en un : le triptyque amorcé. Tout comme avec Beckett, Gian Manuel Rau trouve en Pinter « un texte fort dans une langue qu'on peut interroger ». Tout le contraire de « Je suis au chômage, mon chien est malade... » Les problèmes trop quotidiens, « ça ne m'intéresse pas de monter ça. »
« Je fais le texte, je ne réinvente pas, que l'auteur soit vivant ou mort. » Mieux que le texte, avec Pinter, il s'agit d'une véritable partition avec ses pauses, ses hésitations, ses points de suspension et ses doubles langages... A ce propos, Pinter dit : « (...) il y a deux sortes de silence : un silence où aucune parole n'est formulée, et un autre où l'on emploie un torrent de mots, un langage qui nous parle d'un autre langage enfermé sous lui. Le langage que nous entendons est une indication de celui que nous n'entendons pas. » Faire entendre ce qui se joue dans le silence et sous les mots... C'est précisément cette musicalité qui captive autant qu'elle caractérise le travail de Gian Manuel Rau. « Ayant l'oreille très musicale, je suis extrêmement sensible au timbre, au rythme, à l'intensité de la voix. » « Je ne fais pas le grand opéra », l'action de la pièce est dans l'imagination du spectateur, et c'est au metteur en scène de la susciter. « Je veux montrer d'une façon musicale et tendre la cruauté de l'être humain mortel – éphémère – doué pour l'échec ». On croirait entendre Pinter.
Des situations flottantes, des identités floues, des souvenirs qui fluctuent ... Pinter présente « des éventualités théâtrales » ou encore « des actions dramatiques probables ». Incertitude fondamentale, dont le metteur en scène semble imprégner son travai : « Je ne veux pas voir les acteurs jouer, mais sentir que les moments scéniques se passent au moment où ils se passent. Ce qui signifie qu'un comédien peut toujours arrêter de jouer... Je veux voir des êtres humains pas des rôles. » Ou encore : « Je dis des choses à l'acteur mais je ne veux pas voir l'acteur les faire : je veux qu'il réinvente le soir même. » Rien n'est figé, tout est changeant, irrésolu, simplement humain. De même, le metteur en scène connaît avant chaque répétition « une peur atroce de ne pas vraiment savoir ce qui est juste ». Laurent Schlittler
Source Externe : Théâtre de la Bastille.
Inséré le : 31/03/2005 00:00