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Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée...







Mes jambes si vous saviez, quelle fumée...

Bruno Geslin et Pierre Maillet saluent Pierre Molinier.

C'était un personnage. Pierre Molinier ! De ces artistes qui forcent la légende autant par leur vie que par leur art. Peintre « magique », photographe érotique, fétichiste, travesti, chaman aussi, « maître du vertige » comme l'appelait André Breton, il aimait le scandale, les bas résilles et. par dessus tout, les talons aiguilles, avec grandiloquence et fantaisie, jetant son foutre sur la morale, le conformisme et le tutti quanti corseté des convenances. Outrageusement indépendant, iconoclaste (forcément) et provocateur talentueux, il façonna son existence comme une œuvre, arpentant les tréfonds clandestins de son cerveau, là où coudoient le scabreux et l'indicible, pour sublimer ses perversions sexuelles. Posant en guêpière, jambes gainées de noir, écartelé, sanglé sur fond de toile de Jouy, il atteint dans ses autoportraits une perfection d'androgyne retouché au pinceau. Celui qui clamait « Notre mission sur la Terre est de transformer le monde en immense BORDEL » avait de l'expérience : à 3 ans, il découvrait avec bonheur le frémissement féminin des cuisses caressées sous les pupes ! L'érotomane ne cessa d'ailleurs de se mettre en scène, jusqu'à son suicide, en 1976, d'une balle de 44 dans la tête. «Je me donne volontairement la mort et ça me fait bien rigoler». Il avait prévu son épitaphe depuis longtemps, dès 1950, photographiant sa propre « Tombe prématurée ». « Ci-gît Pierre Molinier né le 13 avril 1900 mort vers 1950 - ce fut un homme sans moralité - il s'en fit Gloire et Honneur - Inutile de P. P. L. (Prier Pour lui) ». Une désinvolture qui effarouche encore quelques thuriféraires de l'ordre établi.

Quête de soi.

Pour saluer cet insoumis, Bruno Geslin a pioché dans des entretiens avec Pierre Chaveau réalisés en 1972. Molinier se livre, raconte son goût immodéré pour les escarpins et ses obsessions, « ce que la société appelle vice » et que lui nomme « passion ». Reprenant la technique chère à l'artiste, le photomontage, le spectacle mêle confessions dialoguées, projections d'images, ombres chinoises, masques, déshabillages et séances de poses. Au milieu d'un fatras de godemichés. poupées. dentelles et autres accessoires. Pierre Maillet ressuscite Molinier. Il a sa voix de fausset, son accent bordelais, son ton égrillard. Il parle, s'enflamme. lance quelques provocations, toussote, hâbleur et faussement ingénu. Dans cette évocation joyeuse, séduisante, on frôle les enjeux de son œuvre : la quête convulsive de la beauté, l'interrogation originelle sur la différence sexuelle, le questionnement douloureux de l'identité, la liberté contre l'impérative normativité sociale.

Gwénola David





Source Texte : La terrasse oct 2004.

Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Pierre Molinier (auteur), Bruno GESLIN (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

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