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Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée...







Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée...

Spectacle autour de l'œuvre de Pierre Molinier – mise en scène de Bruno Geslin.

Fascination hypnotique autour de l'oeuvre de Pierre Molinier. Peintre, photographe, Pierre Molinier a construit à partir de ses penchants fétichistes une véritable œuvre d'art, mettant en scène son corps dans des créations saisissantes, magnifiant celui de ses modèles dans des montages surréalistes.

Le projet de Bruno Geslin pouvait sembler fantasque tend la personnalité de l'artiste reste inconnue pour le public, trouble et incandescente pour les initiés. Et pourtant, à partir d'une série d'entretiens que l'artiste aura accordé quelques années avant son suicide à Pierre Chaveau, nous découvrons un personnage tour à tour désinvolte, cynique, passionnant et burlesque. Magistralement interprété par Pierre Maillet, le Molinier qu'il incarne nous dérange par son rire maladif, son accent qui vient d'un certain pays bordelais et une petite toux irritante. L'interprète aurait-il osé la caricature ? Qu'a-t-il réellement de commun avec l'original que l'on pourrait imaginer un brin pervers et très attaché à la provocation ? Tout, presque tout, puisque dans un dernier sursaut de réalisme, comme pour justifier ce personnage quelque peu caricatural, la voix de l'acteur se superposera à celle de son modèle, épousant son rythme et les rictus qui l'accompagnent. Singulièrement, se dessine devant nous le portrait d'un homme plus espiègle que réellement sensible, un artiste anticonformiste comme le XXème siècle en a vu naître de nombreux mais avec une légèreté volontairement affirmée : ses vices seront ses passions tout au long de sa vie.

Jeux de jambes et projections. La mise en scène de Bruno Geslin recréant l'imagerie et quelques unes des scènes fortes de l'univers créatif de l'artiste, se plait à jouer sur la fascination qu'un homme en talons aiguilles et en bas peut susciter. La beauté des corps (une femme et deux hommes) qui illustrent le monologue de Molinier se dévoile dans un exercice de style passionnant. Performers, silhouettes, ombres derrière un paravent, les interprètes livrent une résonance aux situations cocasses d'un photographe en pleine recherche formelle, créant un espace en mouvement. Corps objet, masque et nudité sont aussi des symboliques très fortes au sein d'une œuvre qui expérimente et invente une nouvelle sensualité, un nouvel ordre érotique. Pas de deux en costume, danse en
porte-jarretelles, l'oeuvre photographique est encrée dans un panorama de matières moulant le corps, d'artifices et des multiples combinaisons des modèles. L'art des mots s'allie à celui des projections sur l'écran. Images fixes et animées créent une ambiance en totale évanescence, accentuant la rêverie et l'intimité de cet échange exceptionnel, sur la scène du Théâtre Bastille.

Alexandre Simonet.




Source Texte : Les petits ruisseaux .com 12 nov 2004

Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Pierre Molinier (auteur), Bruno GESLIN (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

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