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Le destin des Atrides par Jean-Michel Rabeux.
Agamemnon et les Choéphores, le destin des Atrides
J'appelle ce spectacle Le Sang des Atrides parce que je ne me sers que de deux des trois pièces de l'Orestie d'Eschyle. La première, Agamemnon, est l'histoire du meurtre d' Agamemnon par Clytemnestre son épouse.
La seconde, Les Choéphores, est l'histoire du meurtre de Clytemnestre par ses enfants, électre et Oreste.
Nous portons sous notre peau ce sang qui se tient là, dans ces textes-là, dans cette sorte de commencement qu'est pour nous la Grèce Antique.
Atrée, l'aïeul qui donne son nom aux Atrides, s'est vengé de son frère Thyeste qui lui a volé son épouse, en lui servant à table ses enfants cuits, puis en l'assassinant. Agamemnon, fils d'Atrée, époux de Clytemnestre, a sacrifié leur fille Iphigénie, pour que des vents favorables amènent l'armée grecque contre Troie. Ce sont ces crimes qui justifient ceux auxquels nous allons assister.
Quand débute Agamemnon, la cité entière d'Argos attend le retour de son roi après dix ans de guerre contre Troie. Agamemnon débarque et amène avec lui Cassandre la prophétesse, son esclave, son amante. L'accueil public de Clytemnestre est chaleureux, voire amoureux. La parole du roi est méfiante, méprisante, royale.
Tous deux entrent dans le palais. Cassandre prédit aux Argiens des meurtres à venir dans cette famille marquée par les meurtres passés. Clytemnestre et Égisthe, son amant, assassinent Cassandre et Agamemnon et prennent le pouvoir. Égisthe est le fils de Thyeste, rescapé du repas de chair humaine. Lui aussi a ses raisons « familiales » de tuer Agamemnon.
Clytemnestre se justifie par le meurtre de sa fille Iphigénie. Le père infanticide méritait la mort. Fin de la première pièce.
Le meurtre d'Agamemnon, qui vengeait d'autres meurtres, ne peut lui-même rester sans vengeance. Ainsi le veut la loi des hommes et des dieux, la loi du talion. Oreste et électre, les enfants d'Agamemnon et de Clytem- nestre, sont obligés à la vengeance. Mais la dette de sang contredit une autre dette, celle de la vie donnée par une mère. Venger le père, c'est tuer la mère. C'est le sujet de la seconde pièce. électre y est fermement décidée mais c'est Oreste qui doit porter le coup. Les mots d'électre l'y conduiront. Il égorge sa mère. Il devient fou. De quelque façon que ce soit, ces deux-là sont désormais morts à la vie.
La génération est un mystère cruel et doux. L'oxymore fait nos douleurs.
On dit : « Le fils est un loup pour le père, le père est un loup pour le fil ». On dit :
« Mère abusive de sa fille, mère castratrice de son fils ». De la violence inverse, celle de l'enfant contre la mère on ne dit rien, parce qu'elle est la plus inacceptable sans doute. Le meurtre de Clytemnestre par Oreste est un des rares exemples fictionnels de cet insoutenable, que ce théâtre, donc, soutient.
Ces mots : « Le fils est un loup » etc., ces thèmes, paraissent lointains, la Nuit des Temps. Ils me semblent, à moi, une des clés de l'errance actuelle. Les affronter c'est affronter la sauvagerie que nous découvrons, stupéfaits, ayant droit dans nos cités. C'est affronter aussi « la bête féconde » en chacun de nous.
Oui il existe des violences mortelles entre les générations, entre les hommes et les femmes, entre soi et soi, oui il faut les nommer pour les reconnaître, les reconnaître pour les adoucir. Le théâtre a été inventé pour ça, les mettre en scène.
Jean-Michel Rabeux
Source Texte : Théâtre de la Bastille.
Genre : texte d'artiste
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Jean-Michel RABEUX (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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