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L'insoutenable fleuve des douleurs humaines.







L'insoutenable fleuve des valeurs humaines.

Adpaté de l'Orestie d'Eschyle, le sang des Atrides est une effroyable plongée au cœur de la tragédie où l'homme n'a de cesse d'appliquer l'épouvantable loi du talion. Sans édulcorer la violence d'une litanie sanguinaire, le metteur en scène Jean-Michel Rabeux ausculte à vif le traumatisme des aveuglements humains.

Dans l'obscurité de sa tragédie intime, Clytemnestre déverse sans honte des larmes arrachées au cauchemar qui la terrifie. Elle pleure sa fille Iphigénie, couverte de la tête aux pieds du sang répandu par son père Agamemnon qui l'a immolée pour implorer les dieux de l'aider à conquérir Troie et occire Paris coupable d'avoir enlevé Hélène. "Le sang de mon père doit couler pour racheter le mien", supplie la fille à sa mère dans un terrifiant dialogue d'outre-tombe qui "ouvre le chemin de la vengeance".
La spirale infernale des représailles s'apprête à balayer les Atrides, des parents aux enfants, emportés malgré eux dans une fureur aveugle pour "payer la dette du sang". Une surenchère meurtrière dont les échos tragiques propagent leur effrayant vacarme jusqu'à notre XXIem siècle, sans que quiconque, ou presque, n'ait songé à refuser d'exiger le prix du châtiment.

Etancher la soif de vengeance.

Pour l'heure, au retour de l'époux triomphant auréolé de sa "gloire guerrière", Clytemnestre joue la "fière amoureuse" pour mieux l'endormir sous ses caresses séductrices et le frapper mortellement pour son odieux infanticide. Assassiner Agamemnon qui a ramené comme trésor de guerre la redoutable Cassandre que nul n'entend ni ne croit et dont les imprécations prédisent le pire pour celui qui règne encore sur les Atrides. Aucun des deux n'échappera à l'appétit vorace et mortifère de Clytemnestre dont la folie punitive abreuve de sang une "fontaine des douleurs" loin de se tarir.
Un spectacle de désolation baigné de cris et d'implorations dont les stridences parviennent jusqu'à Oreste et Electre qui, à leur tour, entreprennent de venger leur père et verser leur écot à ce charnier familial. Car pour chacun, c'est "un geste sacré de payer le crime par le crime". L'unique obsession de ces enfants inconsolables sera de "tuer l'impie" afin d'étancher leur soif de vengeance dans l'horreur du meurtre.
De ces héros mythiques nés dans le berceau de la civilisation, Jean-Michel Rabeux les métamorphose en pantins dérisoires dont la mécanique meurtrière dévaste tout sur son passage et ne laisse qu'un champ de ruines pour leurs descendants. Eructant leurs incantations écarlates, exécutant leurs basses besognes avec une jubilation démente, gesticulant à moitié nus autour des cadavres encore brûlants de leurs semblables, les Atrides nous épouvantent. Car le metteur en scène gratte sans ménagement les plaies encore purulentes de la folie des hommes exigeant que chaque goutte de sang versé soit expiée. Dommage cependant que cette féroce diatribe sur la tragédie du genre humain s'accompagne d'un cortège de provocations futiles, s'apparentant parfois à du masochisme artistique, qui altère le flux torrentiel d'un texte sidérant et enferme ses comédiens dans un jeu outrancier. Ce qui n'empêche nullement les fidèles Claude Degliame et Miloud Khetib d'être grands.
Patrick Beaumont.




Source Texte : La Gazette Nord-Pas de Calais.

Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Jean-Michel RABEUX (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

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