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Entretien sur vaisseaux brûlés.
Vaisseaux brûlés
Michelle Pralong : Le plus important, pour le groupe Quivala, ce n'est pas de savoir sur quoi travailler, mais avec qui.
Pascal et Prisca : Le sens de cette phrase laisse à penser que nous sommes à la recherche d'interprètes, de partenaires. Nous n'avons jamais démarché dans ce sens, nos pièces précédentes continuent à questionner les suivantes et ce terrain de réflexions nous conduit à rencontrer des artistes curieux des mêmes problématiques qui concernent les arts de la scène et ayant le désir de partager une aventure collective dont ces questions seraient le fondement, «le quoi».
Michelle Pralong : Chaque spectacle est autant une aventure artistique qu'humaine. Tant pis si la remarque fleure le lieu commun, elle est ici essentielle : ce qui fonde réellement la création au sein de Quivala, c'est la réunion d'artistes de différents bords prêts à tous les possibles. Autour de Pascal Gravat et Prisca Harsch, les fondateurs et permanents du groupe, on trouve pour Vaisseaux brûlés quatre artistes installés à Genève : José Lillo, Robin Harsch, Barbara Schlittler et Laurent Valdès. Dire que l'un est metteur en scène, l'autre cinéaste, danseur ou éclairagiste contredirait la dynamique dans laquelle ce collectif est engagé et qui veut que personne n'occupe un statut déterminé. Après sept ans et neuf créations et se définissant comme une plate-forme d'exploration, Quivala renonce également au thème, aux règles du jeu ou aux contraintes structurelles. À la rencontre du groupe en studio, aucune volonté de forme ou de fond ne préexiste.
Pascal et Prisca : II n'y a aucun renoncement. Nous ne faisons pas d'anti-spectacle. Le thème central se dégage lors du processus, bien que souvent il soit déjà présent avant même la rencontre, chacun d'ailleurs portant en lui ces questionnements. Nous travaillons un espace qui inclut l'ignorance, le doute et les projections hypothétiques. La structure nous est indispensable pour rendre possible le fond, elle n'intervient pas en tant que concept ; les règles s'établissent pas à pas, en fonction de la nature de la pièce qui se situe en amont, sur ce chemin du doute, ce champ des possibles.
Michelle Pralong :Mais alors, qu'est-ce qui fait démarrer le travail ?
Pascal et Prisca : La encore, la réponse est en amont, elle est dans cet état d'incertitude. Parfois des mots, des expressions servent de moteur à l'émergence
d'une structure.
Prisca Harsch : Pour Vaisseaux brûlés, on a pu partir d'expressions comme « saisir l'occasion ». De là, on est arrivé à « cadere » et à la question de la chute, devenue récurrente. Il faut préciser aussi que nous avons vécu ensemble l'an dernier une expérience de travail artistique dans un hôpital psychiatrique. Il en est resté un rapport à l'élan de l'art brut, à ce qu'est une « expérience pour voir ». Ce ne sera pas un spectacle sur l'art brut, loin de là, mais il y a dans ce mode de production artistique quelque chose qui nous questionne en ce moment. C'est comme une leçon contre le préjugé que nous aurions prise ensemble.
C'est peut-être bien ce qui caractérise le mieux ce groupe dont le travail de défrichage est cardinal : le refus de tout préjugé sur ce qu'est un spectacle, donc la mise en cause des statuts d'interprète et de spectateur, le taraudage des règles de narration et des codes de danse-je.
Pascal et Prisca : Chaque époque a son lot de codes qui remplacent et détruisent les plus anciens. Nous, nous flirtons avec ces règles en les questionnant. Nous ne sommes pas contre les rituels qui parfois contextualisent la représentation comme un moment extraordinaire, hors du temps, suspendu.
Michelle Pralong : Précisons encore que Quivala a l'insolence gaie et toujours un réel souci de lisibilité de l'objet présenté. On reproche parfois à Pascal Gravat et Prisca Harsch de chercher à casser leur image sur scène. Reproche de spectateurs nostalgiques de la virtuosité qu'ils déployaient notamment lorsque tous deux dansaient dans le groupe Emile Dubois de Jean-Claude Gallotta. Casser n'est pas le mot, répondent-ils : ce qu'ils veulent, c'est affiner cette image, chercher une autre présence scénique.
Pascal et Prisca : Nous ne travaillons pas à proprement parler sur notre image. Nous cherchons à faire entendre un peu de ce qui n'est pas dit, de ce qui n'est pas. Remuer l'invisible, le rendre sensible. Souvent, cela nous fait aller contre nous-mêmes, mais cet effort nous oblige à cristalliser l'acte d'être en scène et à prendre véritablement conscience de l'être, là.
Michelle Pralong : Il y a de l'héroïsme à être sur scène, explique Pascal Gravat. C'est le lieu de toutes les libertés, mais aussi de tous les dangers. Je nous vois un peu comme des chevaliers d'antan réunis là pour chercher quelque chose.
Cette forme de dénouement de ce que nous savons faire nous intéresse.
De même, ce qui importe dans une improvisation, c'est le moment où l'on ne sait plus quoi dire, plus quoi faire.
Pascal Gravat : J'ai l'impression qu'aujourd'hui, la notion d'improvisation a été laminée, usée, un peu comme le boléro à cause de ces chorégraphes qui l'ont tué, donc il vaudrait mieux laisser se reposer un temps ce mot qu'est l'improvisation, une cinquantaine d'années...
On se trouve là face à son propre chaos et il faut le matérialiser, l'affronter. C'est la situation d'Œdipe, personnage sur qui nous travaillons actuellement en parallèle à Vaisseaux brûlés pour un prochain spectacle. Il faut à chaque fois repartir de zéro, se demander d'où l'on vient, qui l'on est. Cette innocence radicale est à la fois une angoisse et un moteur.
Source Texte : Théâtre de la bastille.
Genre : entretien
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Pascal GRAVAT (chorégraphe-interprète),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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