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Martine Pisani.
Martine Pisani
" J'ai souvent travaillé avec le silence "
Interprète du groupe Dunes venue à la chorégraphie, Martine Pisani a créé la compagnie du Solitaire en 1992. Le cadre des Iles de danse lui permet à nouveau de présenter ses pièces : Sans , créée en 2000 et Bande à part , écrite en 2004. Elle y conjugue a sa manière les notions de solo et d'ensemble.
Qu'est-ce qui vous a poussé vers le domaine chorégraphique ?
Martine Pisani : J'ai un parcours singulier puisque je n'ai pas fait d'école et que J'ai été l'interprète d'une seule compagnie, le Groupe Dunes, dans les années 80. J'ai commencé tard la danse et ces personnes m'ont proposé de participer a leur spectacle. On me demandait d'être comme J'étais dans un espace où ]e me sentais libre. J'avais des limites, un corps non "formaté" et ma chance est d'avoir été très vite projetée dans le cadre de la représentation. Parallèlement je "bricolais" des solos et duos jusqu'à ce que je présente Fragments tirés du sommeil ou j'ai pu abordé l'étape décisive, au sens professionnel, de mon parcours de chorégraphe.
Comment en êtes-vous arrivé à créer Sans ?
M P : La nécessité de Sans au moment où je l'ai fait repose sur des choses qui me tenaient a coeur : la présence des interprètes dénuée des effets de lumière et de son et la frontalité sans autre prétexte que la présence. Ma première pièce était complètement dans le silence. J'avais envie de revenir a cela, de tout balayer et de voir ce que je pouvais faire avec trois personnes. J'ai souvent travaillé avec le silence en faisant intervenir le son seulement quand je le sentais nécessaire, c'est-à-dire plutôt rarement. J'exploite le cadre du théâtre, champ et hors champ compris. Les danseurs peuvent chanter, parler, marcher mais ne sortent pas du plateau. L'enjeu est de passer d'une chose à l'autre en créant des ruptures a l'intérieur de leur circulation. Nous avons surtout travaillé sur les transitions : passage d'une situation à l'autre, d'un mouvement à l'autre mais également états de corps générés par des sentiments en considérant seulement, par exemple, la mobilité du visage ou des mains. Sans est une pièce chanceuse qui en est à 80 représentations. Dès le départ, la pièce a tourné essentiellement à l'étranger. Elle n'a pas bougé depuis la création même du point de vue des interprètes. Le travail du jeu y est important. Il y est question de mesure, de proportions, de degrés. Le propos serait d'y trouver la juste distance.
« II faut inventer les rouages d'une intelligence commune, sorte de conscience partagée de la perception du temps et de l'espace »
Quelles sont les particularités de la seconde pièce présentée dans ce cadre: Bande à part ?
M P : Bande a part est né après Slow down , une pièce avec six personnes dont l'une est toujours cachée. Elle en serait le contre pied. J'ai travaillé à partir de l'entité du groupe où tout le monde pouvait tout faire dans un découpage de séquences. L'enjeu de Bande a part est de créer un solo à travers le groupe. Au départ l'idée fut donc de mettre une personne en scène et les cinq autres à la périphérie. L'idée d'un chœur s'est imposée. Alors que dans Slow down , il y avait un jeu de remplacement, dans Bande à Part , l'action du soliste est confrontée à un tout. La trame est écrite mais les danseurs peuvent intervenir à n'importe quel moment dans une grande part d'aléatoire. Le soliste peut demander l'aide du chœur mais quelqu'un du chœur peut le remplacer inopinément. Cela procède d'un énorme travail d'écoute et de soutien, le respect de règles, de codes et de pas mal de paramètres. Ce travail s'inscrit dans une conscience du présent. Il faut inventer les rouages d'une intelligence commune, sorte de conscience partagée de la perception du temps et de l'espace. Nous avons travaillé à partir d'actions à accomplir, les danseurs essaient d'être au plus près de la consigne comme : " écouter son cœur qui bat et le suivre", " courir après sa voix", "disparaître", "chasser une ombre"... Parfois ces actions sont nommées. J'essaye de faire en sorte que la pièce offre une grande lisibilité. Le mystère n'est pas la priorité de Bande à part
Entretien réalisé par Emerentienne Dubourg
Source Texte : La Terrasse nov 2004
Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Martine PISANI (chorégraphe-interprète),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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