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Instantané la légèreté d'une médée de papier.







La légèreté d'une Médée de papier
Médée la sorcière, la meurtrière, Médée l'amoureuse, la vengeresse, l'infanticide, Médée l'étrangère radicale qui ensorcelle et empoisonne et poignarde - et fascine, depuis plus de 2000 ans, d'Euripide à Heiner Müller, de Sénèque à Pasolini. Plus que jamais présente sur les scènes depuis trois ou quatre ans, d'Angelin Preljocaj en Deborah Warner-Fiona Shaw, de Max Rouquette en Isabelle Huppert - question ouverte à notre temps.
La compagnie hollandaise Dood Paard ("cheval mort", en néerlandais), jusqu'alors inconnue en France, en présente une nouvelle variante qui passe à la moulinette les différentes versions antiques et contemporaines et présente les qualités et les défauts de son parti pris de légèreté. Légèreté séduisante du dispositif scénique et du jeu des trois comédiens : beauté de ces rideaux de papier blanc que l'on hisse, à l'aide de longs filins et devant lesquels s'installent, en rang de face, les trois comédiens.
Légèreté et fraîcheur du jeu distancié et désincarné des comédiens, selon un principe classique chez les Flamands et les Néerlandais et inventé par la compagnie Discordia, au début des années 1980 : les trois auteurs-metteurs en scène-interprètes (Dood Paard est un collectif), Oscar Van Woensel, Kuno Bakker et Manja Topper, en costumes de ville, n'incarnent pas les personnages, Médée, Jason ou même le chœur : la parole, à la première ou à la troisième personne, passe de l'un à l'autre, en un travail sur le récit qui accentue encore les effets de distanciation du chœur traditionnel dans la tragédie antique. De temps en temps, un des comédiens sort du jeu et va boire un verre d'eau sur le côté, histoire de bien nous dire : attention, tout cela n'est que représentation.
Légèreté plus problématique du travail sur le mythe et sur le texte, comme délayé, écrit par le Dood Paard, qui n'a pas la force de frappe de ceux de ses grands prédécesseurs ; et légèreté des intermèdes qui voient défiler sur un rythme accéléré quantité de diapositives style photos de vacances - travail qui apparaît bien faible et naïf au regard de nombreuses créations d'art contemporain.
Médée de papier qui, malgré ses charmes, n'a pas la puissance des grandes réalisations du TG Stan ou du ZT Hollandia, fameuses compagnies flamande et néerlandaise - peut-être parce que la tragédie antique, même revisitée, porte en elle la nécessité du conflit entre incarnation et distanciation, comme l'avait si bien montré Pasolini dans son somptueux film.
Fabienne Darge




Source Texte : Le monde lundi 29 nov 2004

Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : DOOD PAARD (collectif),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

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