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Minimalisme ou luxuriance au festival Les Iles de Danse.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Martine PISANI chorégraphe-interprète
Texte : Minimalisme ou luxuriance au festival Les Iles de danseL'esthétisme touffu de Lionel Hoche face au dénuement de Martine Pisani.L'éclectisme du festival Les Iles de danse en Ile-de-France se confirme. En deux soirs, on saute de l'esthétisme touffu de Lionel Hoche dans
L'Ile à la Maison de la musique de Nanterre, au dénuement de
Sans, de Martine Pisani, au Théâtre de la Bastille, à Paris. A droite, une partition spectaculaire saturée (vidéo, décor, costumes, orchestre sur scène, gestuelle sophistiquée) orchestrée par six interprètes irréprochables ; à gauche, une formule maigre (sans musique, sans décor, sans style chorégraphique), portée par trois hommes qui se demandent ce qu'ils peuvent encore faire sur un plateau. La comparaison atteste l'amplitude des différences au sein de la danse contemporaine française. Des divergences passionnantes pour les curieux prompts à changer de régime.
Lionel Hoche est passé par l'école de danse de l'Opéra de Paris, a été l'interprète de Jiri Kylian, puis de Daniel Larrieu. Sous l'influence de l'écrivain Adolfo Bioy Casarès et de son récit
L'Invention de Morel, il met en scène une fantaisie qui repeint en acidulé les hologrammes baroques de Casarès. Les six interprètes déroulent la pelote de ce conte fantastique noyauté par l'amour d'un homme pour l'image d'une femme.
On suit les périples de ce Robinson paumé dans une île peuplée de fantômes. De la piscine à la forêt, il vaque, décryptant les actions de son amoureuse au milieu de sa bande de copains, qu'il espionne en crevant d'envie d'en être. Les images vidéo de Renaud Bézy transposent les contours d'un paysage qui devient flou.
La musique d'Olivier Dejours cultive avec finesse culbutes et dissonances. L'élégance de
L'Ile renvoie avec justesse, mais un peu trop de légèreté, à la beauté factice du piège littéraire de Casarès sans en explorer le sourd danger.
Martine Pisani, elle, n'a de comptes à rendre à personne, sinon à ses interprètes, dont l'humour, taillé à même leurs silhouettes de guingois, maintient à flot ses gags minimalistes. Après avoir volontairement vidé le plateau, la chorégraphe, qui présentera aussi sa pièce
Bande à part dans le cadre des Iles de danse, plante ses danseurs dessus pour l'occuper au mieux.
Mission accomplie. Nos trois lascars réinventent des jeux bêtes comme chou et se refont une virginité spectaculaire. A l'espace théâtral, ils préfèrent l'aire de jeu tout court, en gardant à l'œil la représentation. Ils sont malins, volontairement à côté de la plaque et pourtant en plein dans la cible. Le dérisoire de leurs actions, critique des codes de la danse contemporaine, flirte avec la dérision. Mais le fil corporel, entre grâce et maladresse, est solide. De dérapages ridicules en faux exploits, la triplette infernale fait de la débilité l'arme d'un burlesque chorégraphique inédit. Avec trois fois rien, et c'est déjà beaucoup.
Rosita Boisseau
Source Externe : Le Monde dimanche 21 novembre 2004
Inséré le : 22/11/2004 00:00