Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
A propos de Dood Paard
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
DOOD PAARD Metteur en scène
Texte : À propos de Dood PaardFondée il y a tout juste dix ans, la compagnie Dood Paard possède un répertoire soigneusement élaboré (répertoire en hollandais, anglais et bientôt en allemand). Dans leurs spectacles, les quatre membres permanents de Dood Paard et leur invités réguliers mélangent théâtre, cinéma et performances artistiques.
Les membres de Dood Paard sont les héritiers de la jeune génération d'avant-gardistes flamands et hollandais qui, à la fin des années 60, a fait sauté les structures rigides et conservatrices du théâtre conventionnel. Ainsi sont-ils arrivés à quelque chose de totalement nouveau, à des concepts inédits et à une pensée claire et plus accessible. Concrètement, la remise en cause des structures hiérarchiques a eu de nombreuses implications pour le travail des artistes. D'une part, une telle remise en cause impliquait l'abandon de la fonction de metteur en scène. En effet, tout comme Tg STAN et bien d'autres compagnies, Dood Paard a adopté une méthode de travail collective : toutes
leurs créations sont le fruit d'une étroite collaboration entre comédiens, techniciens, et parfois D.J.
Par ailleurs, les comédiens ont dû repenser et remettre en cause la manière dont ils avaient l'habitude de concevoir leurs personnages. Ainsi, dans leurs spectacles, les comédiens ne se contentent pas seulement d'interpréter un personnage ; ils osent remettre en cause les personnages qu'ils incarnent et vont même jusqu'à questionner leur existence même.
Le spectacle
MedEia tourne depuis 1998 en Hollande et à l'étranger. Le spectacle
Chinindrest Take Away tourne depuis 2001 et sera bientôt programmé à la Kammerspiele de Munich, dont le directeur Frank Bambauer a depuis longtemps pris l'initiative de faire découvrir le théâtre hollandais au public germanophone. Résultat : les compagnies hollandaises connaissent un véritable succès auprès de ce public. Les festivals se les arrachent et les théâtres les programment régulièrement.
Chinindrest Take Away est une réflexion sur le monde comme étant la source de toutes nos interrogations, aussi bien personnelles que politiques. Les personnages, dépourvus de toute imagination, répètent comme un refrain lancinant
« Je ne peux pas, je ne sais pas imaginer». La finesse de l'analyse que Dood Paard livre aux spectateurs fait de cette pièce un spectacle intelligent, spirituel et profondément émouvant. De plus, l'emploi des techniques multimédia permet au spectacle d'être perpétuellement ancré dans le monde présent.
C'est en toute simplicité que Dood Paard révèle, à travers leur interprétation de
Médée, la dimension à la fois intemporelle et actuelle de ce mythe de l'Antiquité. Les moyens employés pour parvenir à une telle beauté sont pourtant minimes. Un simple tissu sert de décor, tissu qui fait à la fois office de voile de bateau, de rideau et d'écran de diapositives lors des intermèdes.
L'inévitable affrontement entre l'homme et la politique est conté par deux hommes et une femme vêtus d'habits de tous les jours. Tour à tour, ils prêtent leur voix à la « Dramatis Personae ». Le choeur, principale composante de la tragédie antique classique, est subtilement intégré au spectacle, ses interventions se faisant par touches successives et nuancées. Médée, Jason, ses deux fils, le gouverneur de Corinthe et sa fille sont les personnages principaux de la pièce, C'est à travers eux, ou parfois par l'intermédiaire de personnages secondaires plus ou moins liés à eux - confidents, sujets du gouverneur - que cette inexorable histoire d'amour, cette trahison honteuse sont révélées aux spectateurs. Chaque personnage a un rôle bien défini. La manière dont les protagonistes sont présentés n'est jamais objective : les rumeurs, les émotions sont les seuls éléments au travers desquels les spectateurs découvrent les personnages. À l'heure du dénouement, c'est le portrait d'une femme aux multiples facettes qui apparaît. On voit
une femme qui a abandonné sa terre nourricière, Colchis, pour entrer dans les sphères de la civilisation grecque, sphères dans lesquelles elle, l'étrangère, est considérée comme une sorcière.
Le spectacle est saisissant, dénué de tout sentimentalisme. Dood Paard parvient à faire ressortir la dimension profondément actuelle de cette pièce, sans pour autant tomber dans la facilité de certaines références contemporaines. Le potentiel de l'intrigue est exploité à son maximum. La réussite du spectacle est en grande partie due au jeu des comédiens : l'imagination du public est sans cesse sollicitée, l'ironie et l'empathie sont toujours mêlées. Les références, qui vont des Beatles au groupe The Cure, d'Euripide à Pasolini, sont intégrées au spectacle comme des citations.
Le coeur et l'esprit des spectateurs sont littéralement transportés pendant la durée du spectacle.
Par le passé, Dood Paard a déjà montré sa capacité à saisir Handke. Cette fois, c'est une version parfaite d'une tragédie chantée que Dood Paard nous offre dans son « blues underground ».
Texte
original en allemand, de Ella Wildrige
Traduction de l'anglais Céline Brassait
Source Externe : Théâtre de la Bastille
Inséré le : 08/11/2004 00:00