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Bruno Geslin dans le bordel de Molinier.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Bruno Geslin Metteur en scène
Pierre Molinier peintre
Texte : Bruno Geslin dans le bordel de MolinierAu théâtre de la Bastille, Bruno Geslin monte Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée...,
une pièce qui s'inspire des photos sulfureuses de Pierre Molinier, celui que Breton qualifiait de "maître du vertige".Des jambes gainées de soie. Démultipliées, en étoile ; un tourbillon de jambes vertigineux. L'œuvre photographique de Pierre Molinier fascine par sa fabuleuse mise en scène du désir. C'est une traversée du corps onaniste, narcissique, drôle et même triomphale dans l'affirmation de sa liberté.
"Quand je suis tombé pour la première fois sur des photos de Pierre Molinier, j'ai eu un choc, raconte Bruno Geslin. Il y avait dans ces images quelque chose de tendu, d'extrême et en même temps de primitif." Lui-même photographe et vidéaste, Bruno Geslin travaille depuis cinq ans avec le collectif de théâtre Les Lucioles. Très vite, cet imaginaire vénéneux d'un homme qui met en scène ses fantasmes, se photographiant lui-même en femme dans des rituels à la fois sombres et joyeux, lui donne des idées. Avec le comédien Pierre Meunier, il entreprend un chantier inspiré des photos sulfureuses de Molinier.
"La première étape consistait à reproduire à l'identique des photos que nous avions choisies. Un travail maniaque à partir de vraies séances de poses où l'on a réalisé qu'à un angle de doigt près la photo n'existait pas. On essayait de comprendre de l'intérieur en quoi consistaient ces compositions qui nous fascinaient." Ce faisant, ils comprennent qu'il y a là un véritable matériau de théâtre, centré autour de cet étonnant personnage qu'André Breton qualifia de "maître du vertige". Ainsi s'élabore ce qui deviendra
Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée...La vie de Molinier, né en 1900 à Agen, est, en effet, loin d'être banale. En témoignent les entretiens qu'il accorda à Pierre Chaveau en 1972. Cet ouvrage accompagné d'un CD permet d'entendre la voix aiguë, entrecoupée de gloussements de rire, du peintre. Molinier y raconte son goût des bas, des souliers à talons et comment, enfant, il se glissait sous les jupes des femmes :
"Je leur touchais les cuisses, je leur touchais les jambes, les bas... Alors je leur embrassais les cuisses, et, vous savez, j'étais heureux d'être sous ces jupes." De même, il racontera comment, après l'avoir pris en photo, il a joui sur le cadavre de sa sœur morte en 1918 de la grippe espagnole.
"On l'avait habillée en communiante, elle avait des bas noirs. Je lui ai caressé les jambes un peu. Ça m'a fait de l'effet, je me suis mis sur elle, j'ai joui sur son ventre, morte." Molinier se vantera aussi de mélanger sa peinture avec son sperme, expliquant :
"Je mets sur mes tableaux le meilleur de moi-même."André Breton expose ses œuvres et lui passe commande pour illustrer la revue
Le Surréalisme même. Mais il prend ses distances quand Molinier lui écrit avoir acheté un bordel à sa fille. L'établissement s'appelle Chez Monique, au Texas Bar.
"Notre mission sur la terre est de transformer le monde en un immense bordel", affirmait le peintre.
"Molinier ne s'embarrassait pas de discours conceptuels, il allait droit au but, remarque Bruno Geslin.
C'était un artisan, il fabriquait lui-même ses escarpins, ses masques, ses godemichés. Il développait ses photos dans sa cuisine. Il avait longtemps gagné sa vie comme peintre en bâtiment. Dans le spectacle, il n'y a pas de photos originales. C'est construit comme un collage à partir de ses œuvres, comme si nous nous glissions à l'intérieur. Cela obéit à un principe de révélation, comme une photo dans un bain de développement qui apparaît progressivement."Lorsqu'il mit fin à ses jours, le 3 mars 1976 à Bordeaux, Pierre Molinier prit soin de laisser un mot sur sa porte : "Je me tue. La clé est chez le concierge."
Hugues Le Tanneur
Source Externe : Aden Mardi 19 octobre 2004
Inséré le : 22/10/2004 00:00