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Le quotidien gratté en vol.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Philippe Quesne / Vivarium Studio Metteur en scène

Texte : Instantané : Le quotidien gratté en vol
On y pénètre comme dans un moulin, le pied léger et l'esprit libre. On en sort comme d'une auberge espagnole, la démarche ivre et la tête retournée. La Démangeaison des ailes, revue-spectacle de Philippe Quesne, opère dans la délicieuse simplicité apparente d'un raout entre copains (ils sont quatre sur le plateau) où les idées théâtrales se comptent au nombre de canettes de bière présentes sur le plateau.
L'affaire se révèle évidemment comme le nec plus ultra de la complexité : la désinvolture des participants n'est que le naturel maîtrisé d'acteurs qui n'incarnent qu'eux-mêmes.
Cet étalonnage de la représentation à l'aune du quotidien domestique signe la singularité hautement réjouissante de cette quête ailée zigzaguant entre concret et métaphore. Pour étayer leurs théories ascensionnelles, nos complices recoupent leurs expériences (lectures de textes, simulation d'un vol virtuel...) avec celles d'autres personnes (interviews filmées d'un dentiste fan d'aéromodélisme, d'un as du taï-chi-chuan...).
Télescopant mythes d'hier et fantasmes d'aujourd'hui tels de vaillants petits reporters, ils mènent l'enquête en direct et en différé, créant un espace scénique d'une rare ambivalence. D'un côté, on nous fait croire à la réalité en direct, au temps réel d'une action qui ne fait pas semblant d'arriver : on coud plume à plume un costume de volatile... De l'autre, on ne nous laisse jamais oublier que l'on est sur un plateau de théâtre. Entre le faux pour de vrai et le vrai pour de faux, le spectacle avance en biais, l'illusion théâtrale se carbonisant à chaque instant pour mieux renaître de ses cendres.
Grand art que d'entretenir sur un plateau ce flottement du vivant, toujours sujet à ratages et dérapages. Ce savant décousu s'appuie sur quelques stratagèmes sympathiques. L'intrusion du chien Hermès, plus qu'à son aise pour faire chuter les quilles et aboyer après tout ce qui bouge, remet les pieds sur terre aux comédiens comme aux spectateurs.
Cette Démangeaison des ailes atteint un rare niveau de réussite. Sa fraîcheur chatouille au bon endroit, ne nous permettant jamais d'oublier que, pendant le spectacle, la vraie vie continue.
R. Bu



Source Externe : Le monde Vendredi 24 septembre


Inséré le : 24/09/2004 00:00