Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Dans le tourbillon des mots désenchantés de Michel Foucault.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Michel FOUCAULT auteur
Jean JOURDHEUIL Metteur en scène
Jean-Louis PERRIER rédacteur
Texte : Dans le tourbillon des mots désenchantés de Michel Foucault
A la Bastille, à Paris, Jean Jourdheuil donne vie aux propos et essais du Philosophe.
« ON A beau dire ce qu'on voit, ce qu'on voit ne loge jamais dans ce qu'on dit. » L'affirmation, de bon sens, est lancée d'une porte d'entrée du Théâtre de la Bastille, par ce qui ressemble à un spectateur excédentaire. Le temps d'une pirouette dans le noir, et l'individu réapparaît sur scène :
« Qui je suis ? Un lecteur. » Le
« lecteur » (Marc Barbé) est visiblement tourmenté. Il tourne en rond sur le plateau, tête basse, en pivotant sur lui-même sans cesse, comme s'il avait perdu quelque chose. Son regard ne cesse de glisser, à la recherche d'un point focal, celui, peut-être, où ses paroles trouveraient leur origine.
Les petites phrases qu'il aligne sont, elles aussi, tournicotées. Il les marmonne, en incantations sourdes, d'un ton sans relief, un peu las. Désenchanté ou désinvolte, embêté ou empoté. Il signifie qu'il n'y croit pas ou peu, il ne faut pas s'y laisser prendre, il ne s'y laissera pas prendre, ce qu'il dit ne loge pas chez lui, c'est à prendre comme ça vient, par qui veut bien. A intervalles réguliers, le temps qu'il reprenne son souffle, une musique suave s'élève d'un étrange instrument à l'avant-scène. Harmonies d'église - comme si le phraseur était prêcheur -, bouffées de foire à l'ancienne,
veillées de Noël.
GUIDE DE FORTUNEQui parle ? Qui est en scène exactement ? Dans la salle, nul n'ignore que les propos ont été émis par Michel Foucault. Certains rapportés, d'autres extraits notamment de
Dits et écrits, alignés par Jean Jourdheuil en séquences plus ou moins brèves, qui évoquent le rire ou le livre, la folie ou la sexualité. Chaque phrase indique un lieu de passage de l'auteur de
L'Archéologie du savoir, un lieu de rencontre, un lieu où pourrait commencer une histoire, commune. Un moment, il est question de théâtre. A défaut d'un théâtre qui saurait dire Foucault, ce pourrait être ce que Foucault dit du théâtre, ou - plus intéressant encore - ce qu'il dit au théâtre. Mais à nouveau, ce n'est qu'image de passage.
Le parleur est passé ailleurs, devant un socle circulaire, une tournette disposée au centre de la scène. Il l'ausculte longuement du regard, avant d'aller chercher dans les coulisses au pas de course, des panneaux verticaux et de les installer comme pales sur l'axe de la tournette (scénographie : Mark Lammert). Curieusement, cette figuration du panoptique, cœur de la réflexion de Foucault, est peinte du bleu du ciel. Une phrase de Cézanne passe, fugitive :
« La couleur, c'est le lieu où notre cerveau et l'univers se rencontrent. »L'acteur n'a pas cessé de parcourir la scène comme un doigt les pages. Il est ce guide de fortune, un peu pressé, jeté dans un musée, qui pointerait, nonchalamment, tel fragment d'oeuvre avant de filer à la suivante. Sur la fin, il se risque à un développement plus consistant sur le miroir, le corps et l'utopie.
« Les Grecs d'Homère n'avaient pas de mots pour désigner l'unité du corps », rappelle-t-il, avec Foucault. Jean Jourdheuil occupe la place d'Homère devant Troie : il pointe des fragments, mais le corps reste dans la muraille du livre.
Jean-Louis Perrier
Source Externe : Le monde vend 17 sept 2004
Inséré le : 17/09/2004 00:00