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E la neva va.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Philippe Quesne / Vivarium Studio Metteur en scène
Texte : E la nave vaEtrange Cargo vogue peinard entre théâtre, vidéo, littérature, musique et performance, On rentre par les coulisses, on traverse le cube aux parois transparentes qui tient lieu de scénographie et on file s'asseoir sans se douter que nous aussi, très vite, ça va nous démanger. Et qu'en effet, l'introduction à
La Démangeaison des ailes, revue-spectacle proposée par Philippe Quesne, passe par ce déplacement du public, mouvement dont il sera ensuite question pendant une heure et autant de moments éclatés en désirs d'envol. Un bonheur, un appel d'air, trois fois rien qui nous donnent tout à penser, à imaginer, à rire et à rêver. Scénographe de formation, Philippe Quesne installe une ambiance intime et décalée : matelas au sol, guitare qui traîne, flopée de bouquins, un ordinateur et des capteurs pour une tentative de simulation de vol en 3D et ce Christ crucifié en bois peint, posé au sol. Renversement de perspective qui en fait un nageur. C'est parti pour une bonne heure d'interventions tous azimuts. Quesne appelle ça du glanage et il a raison : une prof de philo nous parle de l'amour expliqué par Platon, ce chatouillement de l'âme. Un autre décortique très sérieusement la structure réticulaire (en réseau) du projet et évoque in fine le souffle qui passera ou pas, de lui à nous. Déboulent des artistes invités : un plasticien du Havre qui imite la mouette, un groupe punk, Les SubtieTurnships, et leur impayable manager à rouflaquettes, Ramones. Sans une once de prétention mais avec l'évident plaisir d'expérimenter et de partager, cette "collecte" d'instants balancée en direct a la légèreté des fantaisies savantes. Etrange Cargo se poursuit avec
Esthétique de la spéculation d'Alberto Sorbelli. Après la démangeaison des ailes, on passe direct à l'excitation de la Bourse, de toutes les bourses du monde auxquelles un simple ordinateur vous connecte, en temps réel et vous permet d'intervenir, d'un simple clic, sur les cours et détours de l'argent.
Alberto Sorbelli est plasticien, tendance esthétique relationnelle, catégorie performance, et sa mise en scène est présentée comme un séminaire. Une conférence étrange, basée sur la vie réelle du spéculateur Guillaume Victor-Pujebet et qui en fut le premier interprète lors de la création du spectacle en 2003 dans le cadre de l'exposition
Pas vu pas pris à l'Hôtel de l'industrie à Paris. Des écrans pour suivre le cours de la Bourse ou pour saisir leur illisibilité instamment fluctuante, tandis qu'un homme vide verre sur verre de whisky, fume un cigare, se désape, fait des pompes et dégoise à tout-va. Le parallèle entre le théâtre et l'atmosphère de la bourse, entre le jeu de l'acteur et celui du trader appelle naturellement la mise en abyme sur une scène de théâtre, fût-elle alternative comme l'est le garage qui tient lieu de scène à la ménagerie de verre. Pour finir, on attend de découvrir le travail du photographe et plasticien Laurent Friquet dans
Just the Way You Said Goodnight to Me, une vidéo performance qui réunit Françoise Klein, l'auteur Patrick Bouvet et Laurent Friquet, qui signe les superbes scénographies des spectacles de Sophie Ferez ! Va bene...
Fabienne Arvers.
Source Externe : Les Inrockuptibles du 4 au 10 févr 2004
Inséré le : 17/09/2004 00:00