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Bonnaffé sur les chemins de Darras.

Jacques two Jacques.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Jacques Bonnaffé acteur
Jacques DARRAS auteur

Texte : Bonnaffé sur les chemins de Darras

A la Bastille, l'acteur donne corps aux textes du poète géographe.

Six ans que les deux Jacques se livrent dans les lieux les plus variés (librairies, cuisines, bistrots, jardins et même scènes de théâtre) à un exercice des plus casse-gueule : le récital poétique. Le poète, c'est Jacques Darras, natif de Picardie, par ailleurs traducteur (Ezra Pound, Walt Whitman, Ginsberg...) et essayiste. L'acteur, c'est Jacques Bonnaffé, enfant du Nord et grand buveur de textes devant l'Eternel. Les jours de relâche, entre deux tournages ou spectacles (dirigés par Alain Françon ou Jean-François Peyret), Bonnaffé s'en va déclamer, proférer, chanter, souvent avec Darras, d'autres fois seul. Il a le texte à la main, mais, avec le temps, il en sait des pans entiers par coeur.
A force de ballades épisodiques, les deux Jacques ont eu envie de se lancer dans un vrai voyage. Tous les soirs, au théâtre de la Bastille, ils proposent une échappée dans les textes de Darras. Chez l'acteur Bonnaffé, le coureur cycliste n'est jamais loin.
Vibrations Dans ce même théâtre, il y a trois ans, il interprétait 54 X 13, un récit de Jean-Bernard Pouy, où un coureur du Tour de France, seul en tête dans la traversée des Landes, rumine sa vie et son effort. L'acteur payait de sa personne, moulinant avec ses bras, toujours à la recherche de la position et du rythme idéaux. Chez Bonnaffé, la parole est inséparable du corps, même dans le noir, on croit le voir, ça souffle, ça vibre, on reconstitue sa silhouette rien qu'aux sons.
Mise en route : «Quelle quelle quelle quelle il faut que je fasse démarrer l'admiration au starter/ (...) Ah les belles bielles ah les belles bielles ah les belles bielles c'est presque parti/ Ça y est les molettes les molaires les volants les moyeux et surtout les/ Tringles les tringles les tringles les triangles les courroies les cour/ Roies les roues des courroies qui entringlent qui entraînent le train des tringles», etc. Cette fois, c'est bien parti.
Chemins de traverse.Bonnaffé se méfie comme de la peste de la «diction experte» ; il prend des chemins de traverse, retourne en enfance, ne s'interdit rien : ânonnement, grandiloquence, second degré, voix blanche. Il s'agit, explique-t-il, de «prendre connaissance d'un texte en rêvant des tons qui lui conviendraient, d'effleurer sa diction d'origine, romantique, médiévale ou grégorienne. S'amuser, délirer, ventiler. Slamer ou scander la phrase, il y a des tas de voix offertes à son expression».
Changeant de ton ou de tempo, il entraîne les spectateurs dans les méandres d'une oeuvre dominée par la passion de la géographie, entre Oise et Escaut («L'histoire de la terre est histoire d'amour/ L'histoire de l'amour que la terre a pour elle même./ Que l'on nomme géographie»). Une géographie qui s'intéresse moins au paysage qu'à la position qu'il occupe : «le poème est assis dans son fauteuil/ on voit le fauteuil/ on voit un coin du monde/ mais on voit surtout le fauteuil». Pour Darras, le poème est d'abord un sextant.
Arpenteur, Bonnaffé trace sa route «la marche de l'homme mesure la marche de l'eau» dans des eaux traversées tous les soirs de courants imprévisibles : il change de programme, ne s'interdit ni silences, ni digressions, offrant toujours le spectacle simultané du plaisir et de l'effort.
Par René SOLIS




Source Externe : Libération Vendredi 11 Juin 2004


Inséré le : 14/06/2004 00:00