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Entretien : Frank Vercruyssen.

En Quête.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Compagnie TG STAN Metteur en scène

Texte : Entretien : Frank Vercruyssen
Tg STAN, un collectif flamand EN QUÊTE.
La dernière production théâtrale du Tg STAN correspond au troisième volet d'une recherche longue d'une quinzaine d'années. Le premier, articulé sur des textes de Büchner, s'oppose violemment en 91 à la Guerre du Golfe. Le second éclaire en 96 le monde de l'activiste afro-américain Georges L. Jackson. Enfin, EN QUÊTE, conçu entre septembre et novembre 2002, donne à sentir la menace de la guerre.
Vous êtes EN QUÊTE, seul sur la scène !
Frank Vercruyssen : Oui, mais nous sommes trois à avoir créé le spectacle, Jolente De Keersmaeker, Thomas Walgrave, notre régisseur, technicien et créateur de lumières, et moi-même. Disons que je suis le représentant du spectacle sur scène, mais je ne me sens pas seul sur le plateau. Le fil rouge du spectacle est tendu à partir des questions que Max Frisch a incluses dans ses journaux écrits entre 1966 et1971. Onze listes de questions sans réponse pour des sujets vastes : l'amitié, l'espoir, les femmes, la patrie, l'argent et la mort. Tous ces sujets offrent l'opportunité d'y accrocher simultanément des petites histoires comme autant d'associations, d'illustrations ou de contrepoints. J'ai découvert ces listes, il y a quelques années, et j'ai toujours pensé que je ferais quelque chose de cet ensemble. Raconter des histoires au public est un engagement excitant, comme jouer avec cette idée posée de savoir ce qu'il se passerait maintenant. Ce sont des réactions vivantes, identiques à celles ressenties à la lecture d'un livre ou à l'écoute d'une histoire intéressante, ou bien timide, ou bien anecdotique, ou bien douloureuse.
Quels sont les auteurs des histoires racontées à côté des questions de Max Frisch ?
F. V. : Ils sont nombreux. Deux histoires de l'Américain Raymond Carver, le maître de l'histoire courte. Des histoires aussi de l'auteur anglais d'origine pakistanaise, Hanif Kureishi, un auteur palestinien, un Japonais populaire dans son pays, Haruki Murakami... Pour préparer le spectacle, j'ai lu des centaines d'histoires et j'ai privilégié sans le savoir les histoires simples, courtes et dépouillées, loin de l'anecdotique, du baroque ou du rococo. Je n'ai pas dépensé trop de temps à savoir pourquoi j'avais choisi tel thème ou tel autre. Max Frisch offre tant d'opportunités de traiter des multiples aspects de la vie que j'ai eu la liberté de dire oui ou bien non aux histoires répertoriées. Le scénario a été écrit en fonction des petites places laissées par les questions déjà ordonnancées par l'auteur suisse. À chaque place, une histoire ; j'ai dû en jeter beaucoup, une tâche difficile, car le matériau engrangé était bien trop vaste. À présent encore, la soirée de représentation est assez longue, mais je ne jette plus quoi que ce soit !
Vous avez conservé l'essentiel en vue de quelle QUÊTE ?
F. V. : Les questions de Max Frisch sont fantastiques ; parfois, elles sont simples, parfois inexplicables, parfois très philosophiques, et il triche tout le temps...
“ J'essaie de les faire rire et de les faire pleurer. Qu'ils soient touchés ! ”
Quelque chose se cache dans les questions que l'on retrouve dans celles qui suivent immédiatement ; une confrontation de soi-même avec ce qu'il y a de personnel et d'intime. Tel un serpent caché dans le sable qui se déroule de façon visible, plus tard ou plus loin. L'humour et l'ironie s'imposent naturellement : Max Frisch se moque de lui-même. L'atmosphère que dispensent les questions n'est pas thérapeutique à l'américaine. Il s'agit de tout autre chose. Je pose des questions et je prends les gens par surprise. Je ne demande pas qu'ils veuillent bien répondre ; s'ils répondent, c'est leur décision. De plus, quand on n'est pas obligé de répondre expressément aux questions, on devient extrêmement honnête parce qu'on ne pense plus à ce qu'on doit dire ou à ce que les gens veulent entendre. Un petit jeu s'instaure entre le public et moi, qui suis non plus le sujet mais l'objet de toutes ces questions. Donc, je ne vais pas au-dessus de ces questions comme si j'étais plus malin que les spectateurs. C'est plutôt le contraire que je pense : toutes les fautes que les questions peuvent évoquer, je les fais.

Les questions se rapportent à notre monde d'aujourd'hui ?

F. V. : Évidemment, sinon je ne les aurais pas choisies. Le rapport au présent est inévitable et même nécessaire. Il y a toujours quelque chose à adresser au public, ici et maintenant. J'ai également écarté certaines questions un peu trop inscrites dans le temps, un peu trop soixante-huitardes. La plupart sont d'emblée universelles : elles offrent de l'esprit humain une lecture intelligente et sensible, une vision de l'âme comme le ferait Tchékhov. Davantage de philosophie s'impose à l'intérieur de ces petites questions que dans un essai de deux cents pages.

Quelle est la tonalité du spectacle ?

F. V. : La situation est simple et directe. Je suis là, je parle et j'espère que les gens veulent bien m'entendre. Je leur raconte des histoires, et j'essaie de les faire rire et de les faire pleurer. Qu'ils soient touchés ! C'est d'une façon générale, ce qui constitue les objectifs de notre travail, loin des grandes machineries de théâtre ou des poses étudiées.

La tonicité, la vitalité qui vous caractérise est au rendez-vous ?

F. V. : On a créé le spectacle en flamand, il y a un an ; on a joué quarante fois en Belgique et en Hollande. J'ai créé aussi une version anglaise que je viens de jouer en Norvège et à Lisbonne. Au Théâtre de la Bastille à Paris, c'est la première fois en France et en français. C'est une aventure incroyable et inouïe que de parler 3 heures avec un texte en langue étrangère maîtrisée dans la tête !

Propos recueillis par Véronique Hotte.



Source Externe : La Terrasse juin 2004


Inséré le : 08/06/2004 00:00