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Ames tuméfiées.

Tambours battants


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Arne SIERENS auteur
Koen de Sutter Metteur en scène

Texte : Ames tuméfiés.

Percussions inoubliables de cette pièce flamande, qui résonnent comme des tambours dans la nuit.

Moralisateurs, esprits délicats s'abstenir... La mise en scène par Koen De Sutter de la pièce d'Arne Sierens, Tambours battants, martèle la bienséance et les conventions théâtrales. On va tout de suite préciser ici que la scène flamande témoigne d'une vigueur truculente à la Jordaens, loin des mignardises de nos peintures de mœurs ! Les comédiens (Marijke Pinoy et Jan Steen) ont un jeu très physique, ils se mouillent, à tous les sens du terme... Le groupe de rock PJDS scande, percussions toniques et guitares miaulantes, une pièce naturaliste dont la crudité sans concession monte au final jusqu'au pathétique. En sept courtes scènes (en sept rounds, faudrait-il plutôt dire), la pièce montre les retrouvailles désespérées d'un homme (Raymond) et d'une femme (Paola) que relie la mémoire d'un être disparu (Serge), qui semble avoir été un perdant sur toute la ligne. Ce personnage, évoqué sans cesse, était un fou de batterie, esquinté par la drogue et l'alcool. Celle qui l'a follement aimé retrouve par hasard son demi-frère, musicien lui aussi, qui doit donner des leçons de batterie à son fils.
D'une beuverie à l'autre, affalés devant un réfrigérateur plein de bouteilles, à la fois tendres et brutaux, ils se et nous disent, avec leur accent gantois, le mal de vivre, les passions absurdes et l'échec d'une existence. De silencieux dialogues anodins en impuissantes fureurs, les protagonistes s'engloutissent dans les combles de la désespérance. La mise en scène de Koen De Sutter fait le choix de la violence cathartique et de la performance d'acteurs, à l'encontre d'une suggestion par touches, que rendait possible le texte. Elle évoque à la fois le cinéma de Cassavetes (la comédienne fait d'ailleurs penser à Gena Rowlands) et le Living Théâtre. Le principe simple de cogner, pour secouer nos indifférences repues, est systématiquement décliné : les percussions de la batterie résonnent, les comédiens frappent, eux-mêmes, les objets, l'autre, et, dans la première scène, Raymond surgit avec son nez cassé dans le plâtre... On peut être secoué, heurté ou assommé par tous ces chocs théâtraux, mais impossible de rester en dehors du ring. Toutes ces commotions et conflagrations métaphorisent bien entendu ce qu'on appelle si justement les « coups du sort ». A la fin, les personnages restent inertes, inconscients, tandis que l'ombre envahit la scène, « car nous sommes d'hier, et ne savons rien, parce que nos jours sur la terre sont comme l'ombre », est-il écrit dans le Livre de Job.

Pierre Darras.




Source Externe : Reforme 4 au 10 mars 2004


Inséré le : 02/06/2004 00:00