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Parquet de balles.

Jacques two Jacques.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Jacques Bonnaffé acteur
Jacques DARRAS auteur

Texte : Parquet de balles.

Découpe d'espace, sol et mur. Un simple pointillé jaune et noir. Frontières. C'est là, dans ce cadre, que surgiront les images en fluidité de lumières extrêmement mouvantes jetées comme paquets de mer par Orazio Trotta, animant de songes palpitants le décor de Michel Vandestien. Un fauteuil, un ballon, plus tard un ficus, une wassingue en chambre noire. Quelques signes et le vide apparent est plénitude.
Un gueuloir, un clamoir. Longue ligne, longiligne, c'est un danseur qui surgit et glisse. «Il faut préférer que le poème parle. » Pas plus difficile que ça. Jacques Bonnaffé s'envole, bras nus, gracile. Une grâce.
Rupture. Grande randonnée. Il est entré en jouant celui qui conduirait une voiture et ferait craquer sa boîte de vitesses. Surchauffe des mots. Enfance. Du Nord aux banlieues, la langue s'irise d'accents étranges. Assis derrière une petite table, dominant la situation côté Jardin, Jacques Barras observe. Et lit parfois, dit : ping pong, bim, boum. Jeu de balles. Echanges. Du tac au tac. Cache son jeu, Darras. A la fin, déplié, c'est un géant qui prend sous sa grande aile l'enfant-poème au regard clair, petit Jacques, grand Bonnaff.
L'individu ici « se divise et se révise », il n'est un qu'en étant cent milliards de cellules, il n'est un qu'en espérance de dissolution dans le grand tout, le grand tourbillon de la nature. Etoiles au ciel, voies lactées ou Oise oisive, il faut trouver sa fluidité. Ce n'est pas autre chose que cherchent ces deux-là, en musique de mots. Pays ou presque, de Douai aux rivages de la mer du Nord, Bonnaffé et Darras nous entraînent à leur suite. Une heure et quelque pour que le souffle se fasse sens. Du style dans l'essai transformé sous vos yeux : un récital en tensions et apaisements. Voyages. Rien de tel que les mots, leurs audaces à s'associer pour vous faire saisir quelque chose du mystère d'être au monde.
Une étape dans un long parcours ce Jacques two Jacques assez jazzy et enveloppé de buées moirées. Le nez s'écrase sur les fenêtres, il pleut.. Buée. Celle des chopes aussi, car la bière coule à flots dans ces terres âpres et belles et les fumées et autres fumerolles grisent les deux athlètes affectifs qui élaborent sous nos yeux éblouis l'essence subtile d'une poésie saturée de sens et de sensibilité.

Armelle Héliot.



Source Externe : Le Figaro mercredi 26 mai 2004


Inséré le : 28/05/2004 00:00