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Le chantier de Jan Lauwers ouvert au public.
Neelapb.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Jan Lauwers chorégraphe
Texte : Le chantier Jan Lauwers ouvert au public.
On pense d'abord à un inventaire. Sur des tables s'étalent une foule d'objets : masques africains, poignards, amulettes, bijoux, statues orientales. Que font-ils là ? Mystère. Leur beauté, qui n'est pas mise en valeur, frappe néanmoins l'imagination. Ces objets ont une histoire. On n'est donc pas surpris quand des conférenciers installés derrière les tables entament le récit d'une certaine Isabella, « princesse du désert ». Ces hommes et ces femmes tranquillement assis peuvent raconter ce qu'ils veulent, on les croira sur parole. Pourtant, ce qui se présente de façon si attrayante n'est qu'une étape de travail de la Needcompany du metteur en scène anversois, Jan Lauwers- Ce qu'il appelle un « needlab ". Le spectacle s'intitulera
Isabella's Room et sera présenté dans le cadre du prochain festival d'Avignon. En attendant, on peut en avoir un aperçu généreux au théâtre de la Bastille, dans la foulée d'
and, par la même compagnie mais dans une mise en scène de Grace EIlen Barkey.
«
Le needlapb n'est pas un atelier, précise Jan Lauwers. On essaie des choses, mais en gardant le rythme et la forme d'un spectacle. On ne s'arrête pas de jouer, on ne reprend jamais une scène par exemple. Je pense que l'œuvre en marche est le seul but du théâtre. En ce sens le
needlapb convient très bien à notre démarche ».En somme, il s'agit aussi bien d'un état d'esprit que d'une façon d'envisager la création comme une forme ouverte, en chantier. Cela est d'autant plus intéressant que les spectacles de la Needcompany mêlent danse, théâtre et musique. Et la façon dont ces trois approches coexistent joue un rôle déterminant.
La question épineuse que pose par exemple la relation entre danse et narration trouve chez Jan Lauwers des solutions stimulantes. Sans doute parce que c'est aussi en plasticien qu'il aborde l'espace scénique. «Le mot en soi est tellement fort qu'il a tendance à phagocyter l'attention, explique-t-il. Si un mot est peint sur un tableau, sa présence primera obligatoirement sur la peinture. De même, quand un acteur parle pendant qu'un danseur exécute des mouvements, c'est l'acteur qui capte les regards. C'est pourquoi l'autonomie de chaque médium, musique, jeu, danse, est essentielle dans notre démarche».
Dans sa forme actuelle, le spectacle est pourtant bel et bien un récit – joué, chanté, dansé - qui prend sa source dans les objets présentés sur les tables pour embrasser le XXe siècle. «Mon père était un collectionneur, raconte Jan Lauwers. A sa mort, il possédait environ 4 000 objets anciens de tous les coins du monde. Toute mon enfance, j'ai vécu entouré de momies, de sarcophages... Pour moi, c'était normal. C'est après la mort de mon père que j'ai compris leur importance. Pour écrire
Isabella's Room, je suis parti de l'obscurité de ces objets et de la fascination qu'ils exerçaient sur moi. Je voulais écrire un vrai scénario pour le théâtre».
Construit autour de la plantureuse Vivian De Muynck dans le rôle d'Isabella, le récit passe de l'un à l'autre comme une balle que l'on se renvoie. Rythmé par des comptines pop, troublé par des guitares saturées, c'est un fil bondissant et drôle, et surtout parfaitement fantasque. « Je me suis beaucoup amusé à l'écrire, dit Jan Lauwers. Cela parle du siècle, mais aussi du mensonge. Tout le monde ment, surtout les chefs d'Etat. A travers !e personnage d'Isabella, j'ai voulu parler d'une femme qui refuse de mentir. »
Hugues Le Tanneur
Source Externe : Aden Mercredi 31 Mars 2004
Inséré le : 26/05/2004 00:00