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Jacques Bonnaffé, l'aède et l'accrobate.
Jacques two Jacques.
Jacques Bonnaffé, l'aède et l'acrobate.
Ils sont deux et ils font les Jacques. Enfin, pas tout à fait car si faire le Jacques est faire l'idiot, Jacques Bonnaffé et Jacques Darras ne sauraient le faire sans esprit. Sont donc tout à fait incapables de faire les Jacques. Et pourtant intitulent leur spectacle Jacques Two Jacques.
Le visage de Jacques Bonnaffé s'éclaire d'un grand bon sourire. «C'est pour donner un côté boy's band à l'affaire», dit-il, délié de parole et de corps, acteur formidable qui, à fréquenter les grands textes, à aimer par-dessus tout la proximité des poètes, s'exprime avec une fluidité et une richesse fascinantes. Il faudrait tout retenir, et précisément. Mais manquerait alors ce qui fait sa force d'aède et son élégance d'acrobate, la pure présence, sincère, absolue, d'un être à son temps. Car, avec lui, on ne parle jamais seulement de littérature. Mais de terre aussi, de pays. On parle de l'autre.
Le premier autre ici est donc Jacques Darras. Brillantissime universitaire, écrivain, traducteur, fondateur de revues, poète essentiel, etc., Darras qui pourrait être son père et qui est son compère en lectures, interventions poétiques, conversations à l'infini, jeux et joutes, disputes. «Une relation très particulière, longue, fraternelle.» Ah! on aimerait être petite souris lorsque Darras s'emporte contre «la fascination pour la poésie du feu» et s'en prend à l'ami Arthur Rimbaud, lui qui aime La Fontaine, Hugo et tant d'autres. Rimbaud aussi, bien sûr. «Il avait raison dans son hyperbole», note, flegmatique soudain, Jacques Bonnaffé se souvenant d'une haute tempête et qui loue ce «trouvère» dont il se sent proche comme d'un André Velter, un Jean-Pierre Verheggen et avec qui il a «lu partout des poèmes». Théâtres, oui, mais aussi jardins, librairies, salles de conférences, et même cuisines nous disent-ils, et même abattoirs en friche.
Cette fois c'est à la Bastille où Jean-Marie Hordé est heureux de l'accueillir à nouveau. Pour le moment, Bonnaffé est seul en scène, qui dessine le mouvement du spectacle dans un décor immatériel de Michel Vandestien dans lequel les lumières et le son auront une grande importance. «Seul personnage ostensible: la poésie. Pour le moment, un unique élément, une colonne qui appelle un effet de chapiteau...» Et puis les «compagnons de route», ainsi que les nomme Jacques Bonnaffé. Les Anglo-Saxons, Ginsberg, Walt Whitman, Verheggen donc, les rivières, le Nord, la Belgique. Et la Bourgogne. «Le poème est un bon moyen de locomotion», dit Jacques Bonnaffé qui, le précise, n'est «pas en scène comme un piéton». On ira jusqu'au rap, «mais comme craque une boîte de vitesses». En route, donc! «En bagnole, en Bourgogne. Essence et essences. En avoir plein le nez... c'est ça que nous offre Darras. Et il revient sur terre en faisant le chemin par les rivières, dans cet étonnant amour de la fluidité.»
Darras est professeur à l'université de Picardie, à Amiens, depuis trente-cinq ans. Il a fondé très tôt la revue In'hui avant d'entamer le grand chantier de La Maye où puise aujourd'hui Bonnaffé. Traducteur du domaine anglo-saxon, traduit lui-même dans de nombreuses langues, c'est un homme de souffle, un homme de l'ampleur des cieux et des forêts, le chantre des météores. Il a aussi composé des essais dont Le Génie du Nord ou Nous sommes tous des romantiques allemands. Cela vous circonscrit un royaume... Depuis 1997, il va la route avec Bonnaffé. Ici, là. Un entretien infini. Oui, pas mal, l'image du boy's band...
Jacques Darras, dans Dire et Écrire, parle de son camarade, rapporte les paroles, les transfigure : «Au cœur du charbon, dit-il, quand on tend bien l'oreille, on entend quelquefois des forêts bruire./Le grand art consiste à les faire brûler sans y mettre le feu./Cela ne va pas toujours de suie.»
Nord. Il y sera ce dimanche, Jacques Bonnaffé. Il a beaucoup donné à sa terre d'enfance, lui, l'enfant de Douai. Et pas seulement en revivifiant Jules Mousseron et Cafougnette. Mais en offrant. En consacrant du temps. Et, cette saison, dans le cadre de Lille 2004 et de toute la foison des propositions concoctées par Didier Fusillier, Jacques Bonnaffé installe des Banquets. Il rit encore. «Et j'en ai fait. Un du terroir. Un polonais. Un médiéval. Et même un: «repas de mineur», avec le hareng saur, et tout...» Il sait qu'il faut faire de l'autorité parfois. «On n'est pas là que pour manger. Faut le dire. On est là pour la littérature. Mais ce n'est pas toujours facile à faire entendre!»
Rendez-vous dimanche 23 mai, donc. A Wazemmes, à la Maison Folie, l'un de ces établissements pérennes créés dans le cadre de l'Année de Lille capitale culturelle européenne. Belle maison, brique et touche aérienne. Un zeppelin collectif, une maison du peuple face au bureau des majorettes. Ce sera en fin d'après-midi, en compagnie de Jean-Pierre Siméon dont il dira les textes. «Un banquet-profération», promet Jacques Bonnaffé, regard clair de voyant, générosité toujours en bandoulière.
Armelle Héliot
Source Texte : Le Figaro Vendredi 21 mai 2004
Genre : revue de presse
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Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Jacques Bonnaffé (acteur), Jacques DARRAS (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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