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Nathalie Savary, une passionnée des planches.
Matériau Chimère.
Nathalie Savary, une passionnée des planches.
Nathalie Savary est une jeune comédienne, troyenne depuis quelques années. Elle est à l'affiche actuellement de "Matériau chimère". Portrait d'une actrice pâte à modeler.
Outre le sirop d'érable, le Canada a produit Céline Dion, "Les Invasions barbares", Linda Lemay et ... la comédienne Nathalie Savary. La jeune femme, troyenne depuis quelques années, est actuellement à l'affiche de "Matériau chimère" dans une mise en scène de Sandrine Lanno au théâtre de la Bastille.
Cette fille du nord a les cheveux bouclés en bataille, les yeux marrons et les mains sans cesse en mouvement quand elle parle. Le théâtre, une vocation pour elle ? Pas exactement. Après le bac, c'est vers l'architecture que la jeune fille s'oriente. Son diplôme en poche, elle décide de partir à Paris. Pas encore question de brûler les planches, elle compte plutôt chercher du travail comme architecte. Le tournant va prendre la forme d'une publicité dans Libération, « Je cherchais du boulot, j'ai vu une annonce du cours Florent. J'ai téléphoné. » Et voila. Au lieu de construire des immeubles, elle se retrouve à répéter des strophes : « Dès le premier cours, c'était une évidence. C'était ce que je voulais faire ». Au cours Florent, elle fait des rencontres, s'investit dans des ateliers. « Le cours fait se rencontrer les élèves entre eux. Sur l'équipe de la pièce à la Bastille, trois acteurs ont fait parti de la même promotion que moi et le metteur en scène également. »
Il faut « que ça cherche ! »
Après les études, rentrée dans l'arène. Elle préférera les planches aux caméras, le théâtre plutôt que le cinéma ou la télévision. Plus un concours de circonstances au début. «J'ai rencontré des gens du théâtre qui m'ont proposé des rôles dans ce secteur. » Ensuite un goût. « Ce sont des métiers complètement différents. Devant la caméra, je ne sais pas trop comment me comporter. Ce ne sont pas du tout les mêmes mécanismes. »
Pas de théâtre conventionnel, c'est plutôt dans l'innovation qu'elle se situe. La Comédie Française ? La consécration d'une carrière, certes, mais pas forcément son truc. « C'est un choix d'orientation de vie. Tout le monde n'est pas fait pour être dans une troupe permanente, avec ce que cela implique de protocole et de rivalités. Devenir fonctionnaire ne me fait pas fantasmer outre mesure. Une pièce classique, pourquoi pas, mais ça dépend comment. Tant qu'on cherche de nouvelles façons d'explorer la pièce, de nouvelles formes de structures, oui. Qu'on travaille la forme pour que les gens l'entendent maintenant. Que ça cherche ! »
Elle bosse donc dans des ateliers avec des gens qui l'avaient repéré au cours comme Philippe Person. Part au festival d'Avignon présenter "Médée" de Jan Vauthier et "Lucrèce Borgia" de Victor Hugo. L'aventure se poursuit au théâtre de l'étoile du nord à Paris. Avec là aussi des spectacles pas très très classiques, à savoir "La reine écartelée" (qu'elle présentera également à Avignon en 2000) et "Androcée", toutes les deux de Christian Siméon.
Puis c'est le chapiteau zRajga'nawakz à Saint-Denis, une petite structure qui accueille du
théâtre, mais aussi du cabaret, de la danse. Car elle voit le théâtre comme un mélange de plusieurs influences, au confluent de différents arts. « Je suis assez fascinée par les metteurs en scène travaillant sur le corps : la danse, le théâtre, le rock n'roll... J'aime les gens qui cherchent un peu tous azimuts. »
Un travail sur le corps.
Un petit tour par Troyes avec une mise en scène du livre de Judith, lors du festival "Art et
spiritualité" en 1999. La jeune femme prend tout de même le temps d'avoir un fils en 2002.
Et là, "Matériau chimère" mis en scène par Sandrine Lanno au théâtre de la Bastille jusqu'au 4 avril. Une pièce en forme d'adaptation très libre de Don Juan, sur le thème de l'éternel séducteur et de la vengeance de la femme.
Elle enchaînera ensuite par "L'homme assis dans le couloir" de Marguerite Duras, qui mariera également les styles, conjuguant danse et théâtre. Elle pourra chanter et travailler sa voix. Une idée qui enthousiasme cette actrice voyant son texte de façon intellectuelle, certes, mais aussi organique, s'intéressant à tout ce qui a rapport au corps. « Les viscères et le cerveau fonctionnent ensemble. La langue est animée par le cerveau, mais aussi par les cordes vocales, le ventre qui bouge. Le corps humain m'émeut toujours autant. »
L'occasion, surtout, d'exercer ce métier qui .est plus qu'une profession à 35 heures par semaine. « Un acteur qui n'est pas sur un plateau, c'est un comédien qui n'avance pas. Comme de la pâte à modeler qui reste dans un coin. Le drame de l'intermittent du spectacle, ce n'est pas la lutte pour le droit au chômage, c'est pour le droit au travail. Ce qui use beaucoup, plus que la précarité matérielle, c'est de ne pas assouvir ses envies de travail. » Ce mois-ci, Nathalie sera à sa place. Sur les planches.
Agnès Noël
Source Texte : Libération Champagne Dimanche 21 mars 2004
Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Didier-Geoges GABILY (auteur), Sandrine LANNO (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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