Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Chimères accumulées.


Matériau Chimère.






Chimères accumulées.

Sandrine Lanno présente une recherche à partir d'un texte sur Dom Juan de Didier-Georges Gabily. Travail sur le mythe, donc, qui impose au drame, à la parole et à l'écriture scénique, de plonger le plus profondément et intensément possible au niveau des arcanes mêmes de l'histoire. Objet ambitieux qui parvient parfois à se hisser au niveau de ce « poème du monde fiché en son centre » qu'est le texte de Gabily.

Dans Chimère et autres bestioles, Didier-Georges Gabily aborde les thèmes conjoints de la filiation, du déclin, du rapport au désir, à travers le « matériau » Dom Juan. L'écriture est travaillée par des notions psychanalytiques qui restent, en l'état, un peu rétives à la scène, mais elle est fort belle et représente, en effet, un matériau brut très riche. Tout l'enjeu de porter ce texte au théâtre est de permettre que cette force s'y déploie, voire, s'y trouve relayée et décuplée.

Sandrine Lanno a le parcours classique de nombreux de ses collègues : comédienne, elle développe progressivement son travail de mise en scène à partir de travaux expérimentaux et d'assistanats. Aussi avait-elle déjà présenté Chimère et autres bestioles en 2002. Matériau Chimère arrive donc comme la mouture actuelle d'un travail antérieur ; et il porte peut-être la marque d'une recherche pétrie de ses exigences qui, à force d'être sur l'établi, en accuse un peu les traits. Peut-être. Il ressort en tout cas de l'ensemble une réelle honnêteté mais un objet qui sature un peu. Détails.

Sandrine Lanno a travaillé avec Joël Jouanneau, comme assistante sur Dickie, à la Bastille tout récemment, et sur un texte de Jean-Michel Rabeux. Tient-elle de ces fréquentations son goût d'une écriture scénique riche ? C'est, en tout cas, là où le spectacle entend être bon et où il s'éloigne un peu de son efficacité : richesse du parti pris de jeu, richesse visuelle de la scénographie, richesse signifiante des marionnettes, travaillées très en détail. Cette abondance des supports et des significations donne à l'ensemble un effet de saturation qui bouche la perception et interdit le plus souvent que les détails soient contondants (comme il semble que l'on voudrait qu'ils le soient). A vouloir faire, explicitement, un sort à tout, on perd l'acuité de la chose représentée.

S'ajoute à cela la diversité des univers que les différents matériaux convoquent : chantier du parpaing au sol, ruralité un peu « ethnique » des marionnettes, classique relatif des costumes et du jeu. Sans parler de l'imagerie féerique de la vidéo au début et à la fin. Les signes sont si nombreux et si exogènes que tout se noie un peu dans un magma qui tente à tout prix d'être signifiant mais qui, d'abord, rend la chose un peu abrupte de tant de paramètres à intégrer, et, dans l'ensemble, écœure un peu. Quelques passages émergent néanmoins, lorsque certains éléments entrent en sourdine et laissent quelque chose se dégager : séquence du viol de la Chèvre par exemple.

Il est ici question de fin, de perte, de l'étrangeté de cet état végétatif où l'expérience du désir se fait d'abord par son manque. L'univers beckettien de ce Dom Juan n'aura pas échappé à Sandrine Lanno, qui en est familière. On se prend alors justement à rêver d'un travail dans le retrait plus que dans l'accumulation.
C'est toute la question que ce spectacle pose globalement, celle de la représentation : faut-il qu'une chose soit visible pour qu'on la perçoive ? Les limites de ce travail nous engageraient plutôt à répondre par la négative. La présence d'une chose n'est pas nécessairement fonction de son existence physique. Voire, sa matérialité en empêche parfois la manifestation.
Diane Scott.




Source Texte : Théâtre online Mars 2004

Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Didier-Geoges GABILY (auteur), Sandrine LANNO (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

A voir :