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XL
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La Brésilienne ne fait pas dans la mesure : avec XL puis "M"une pièce moyenne, elle taille de sacrés costume à sa danse effrontée.
Il y a des bio d'artistes qui ne s'inventent pas. Celle de Maria-Clara Villa-Lobos est un peu à son image, franchement décousue et au final définitivement raccord. Née au Brésil, elle a passé son enfance à voyager. Question formation danse, idem : une école à Berlin-Est, un passage par la Suisse puis par la Suéde. Sans oublier l'inévitable année à PARTS, l'institution créée par Anne Teresa De Keersmaeker, dont Villa-Lobos a su, mieux que d'autres apprentis chorégraphes, digérer les cours d'analyse musicale, de chant, de composition ou d'anatomie.
Son travail d'interprète se double depuis 1992 de l'élaboration de pièces sur mesure. Cette année, on aura d'yeux que pour elle - et l'accueil des salles nous prouve que nous ne sommes déjà plus tout à fait les seuls. Ce sera XL tout d'abord...
Une pièce taillée en deux morceaux. Première partie, on distribue au public un menu-programme, le W de Welcome to XL étant le M renversé de McDonald's ; à vous de choisir ce que vous voulez voir exécuté par sa troupe de danseurs : un "Double de Keybus", un classique "Trish & Chips", un subtil "Platel Pie" ou l'indémodable "Pina McNuggets"...
Et c'est parti pour une parodie extrêmement intelligente des tics et styles reconnaissables à mille lieues à la ronde de nos chorégraphes les plus célèbres. Qu'on les connaisse ou non n'est sans doute pas un problème, on zappe bien à la télé, pourquoi pas au théâtre ? D'autant que s'il est si facile de repérer les codes chorégraphiques et de les transformer en signatures (facilement imitables), le parallèle se fait, en deuxième partie, avec un déroulé fantasmé et pourtant mortellement crédible de la vie d'un groupe de manœuvres travaillant à la chaîne dans une usine. De la scène à la salle, la répétition des codes et des gestes a un goût âprement familier. C'est de l'humilité en barre ou quoi ?!
"M" une pièce moyenne, présenté la semaine dernière en ouverture du festival On y danse X au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris, vient clore cette trilogie oversize passée par XL et XS. Dans ce spectacle jeune public conçu pour la maison de production Villanella à Anvers, Maria-Clara creuse le sillon de certaines obsessions - danse à la chaîne, humour corrosif, auto-foutage de gueule - mais imagine aussi d'autres perspectives : son trio de danseurs avance masqué et sa chorégraphie fait de même.
Plus fort que les comités antipub, Villa-Lobos court-circuite ainsi les sonneries de téléphones portables qui deviennent la bande-son hystérique de son spectacle, finissant de nous dégoûter des Quatre Saisons de Vivaldi avec un échantillonnage compulsif. Sur scène, on sample la pornographie du réel, on balance les pires insultes - "enculé, fils de pute, danseur contemporain, programmateur de merde, sale critique ou intermittent du spectacle" - dans un joyeux déballage. Et quand un danseur balance son slogan vengeur, "Demandez la vie", on savoure l'intelligence sous-jacente du propos de Maria-Clara Villa-Lobos qui s'amuse comme une petite folle dans ce nouvel Empire des sens même si elle n'est pas dupe du buzz qui va finir par la rattraper. Roland Barthes aurait adoré cette fuie.
Fabienne Arvers et Philippe Noisette
Source Texte : Les Inrockuptibles 4 au 10 Février 2004
Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Maria Clara VILLA-LOBOS (chorégraphe-interprète),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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