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Variations sur Dom Juan.

Matériau Chimère.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Didier-Geoges GABILY auteur
Sandrine LANNO Metteur en scène

Texte : Variations sur dom Juan
À coups de marionnettes, de fantasmes, de projections, de rires et de grincements de dents, soutenue par cinq comédiens, elle tente de s'approprier un texte dont les mots sont des abîmes creusés par les lois du désir et de la guerre. Quand le spectateur pénètre dans la salle, tout a commencé depuis la nuit des temps, tout est sur le point de se terminer. Pendant une heure vingt d'un spectacle sang et or, on attend la fin, une variante de l'inévitable fin du maudit, rebelle, séducteur, pire que tout, athée. Dom Juan crache à la face du ciel son refus d'engendrer, de reconnaître les fruits de ses rapines, d'assurer la continuité de sa lignée. Gabily brave ici l'interdit que s'étaient imposé les deux parrains de l'aristocrate déchu, il touche à la hache en abordant l'essence même de la mélancolie du grand solitaire, la question des bâtards semés à tous les diables. Mozart et Molière sont convoqués tour à tour. Rien ne manque : ni le buste du Commandeur, ni les deux paysannes qui se déchirent pour l'amour du vieillard moribond, ni l'ultime réplique : " Mes gages, mes gages ! ". Dom Juan, en effet, tel Rimbaud, autre damné devant l'Éternel s'en va, pourrissant. Sourd aux admonestations de Leporello/Sganarelle, manipulateur de marionnettes squelettiques, féminines, qui continue de rabattre la chair fraîche pour le compte de son maître, cloîtré dans les ruines de la demeure familiale, représentée par quelques débris de maçonnerie. À lui d'affubler ses proies de splendides robes écarlates, suspendues telles les victimes de Barbe bleue. Dom Juan mourra, pour avoir engrossé une femelle de trop, la Chêvre, créature mythologique bramant ses imprécations tout en offrant son sexe noir qui a la splendeur du dragon. La Chimère égorgera celui qui s'abandonne sans remords au temps du rêve et de la malédiction. Passe le fantôme d'Elvire, sous le regard bienveillant et sarcastique de la figure maternelle (Maman ! s'écriera dom Juan). Les femmes meurtrières restent seules pour savourer le banquet final.
Unique condition pour être sensible à la grâce de ce matériau posthume, renoncer à tout espoir de naviguer en terrain connu. Dom Juan se meurt alors que les bombardements cernent son repaire. L'univers en deuil fait signe. L'apocalypse peut se déchaîner. On regrettera la place trop grande accordée aux personnages féminins. Les moments les plus intenses, là où la parole de Gabily résonne dans toute sa force restent ceux qui donnent à entendre le dialogue à couteau tiré entre maître et valet (passe le fantôme de la lutte des classes). On peut s'interroger sur le choix d'un dom Juan trop faible pour être vraiment crépusculaire, trop sénile pour représenter une menace contre autrui ou contre lui-même.
Iawa Tate Giuliani



Source Externe : L'humanité Lundi 22 Mars 2004


Inséré le : 24/03/2004 00:00