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La grâce de Barkey.
AND
La grâce de Barkey.
On a découvert la danseuse d'origine indonésienne Grace Ellen Barkey dans l'incendiaire Need to know de ]an Lauwers en 1987. Juchée sur une table, elle faisait tournoyer sa chevelure de jais, en se cabrant sur Lust for life d'Iggy Pop. Chorégraphe attitrée de la Needcompany, elle conçoit les chorégraphies de la plupart des pièces de jan Lauwers. Elle y joue également en tant que comédienne. Dès 1992, elle signe ses propres spectacles, adaptés de Cervantès, Genet, ou Tolstoï, avec la conviction que « l'écriture est ce qui donne sa plus grande liberté à la danse ».
Sans perdre le goût du conte, Grace Ellen Barkey revient avec And, une version drôle et féroce de Turandot, l'opéra de Puccini, lui-même inspiré d'un conte oriental. C'est un pétillant concert de théâtre rock, un mélange détonnant de corps, d'images, de voix et de musique. Le défi pour la chorégraphe, qui cite Edgar Allan Poe, consiste à « pousser le ridicule jusqu'au grotesque, porter le spirituel jusqu'au burlesque, transformer le bizarre en une chose rare et mystérieuse ».
Grace Ellen Barkey raconte : « La glaciale princesse T nourrit une haine féroce envers tous les hommes. Les candidats au mariage qui tentent d'obtenir sa main doivent résoudre trois énigmes, sinon ils mourront. Chaque homme qui a relevé ce défi a échoué. Apparaît alors un étranger, fils d'un roi exilé, qui résout les énigmes et exige sa récompense. Mais la princesse tue le père comme le fils. Aussitôt, le palais se transforme en une maison de verre. La princesse perd instantanément l'usage de la parole. Les gens la voient derrière les vitres, ouvrant la bouche sans produire aucun son. Elle est comme un poisson, un joli poisson. Les gens de Chine n'arrêtent pas de la fixer. Ils deviennent tellement silencieux qu'ils perdent la mémoire des sons. »
Anddonne tout de suite le ton, avec un clin d'œil à l'ancien Pékin et à l'opéra chinois. Un danseur en kimono au visage peint en blanc. Un coup de gong pour chaque prétendant sacrifié. Un poisson en carton pâte sorti tout droit d'un défilé de nouvel an chinois... Sous les grincements d'une guitare électrique, la chanteuse pop Angélique Wilikie, tient ici le rôle de la narratrice.
Le public est plongé dans des tableaux vivants et colorés, évoquant le théâtre de marionnettes. Les danseurs occupent un cadre vide suspendu devant un drap blanc, au fond du plateau. Ils passent des gants de ménage en caoutchouc, des gants de toilette en éponge, des doigtiers en peluche. .. Ils se posent délibérément au sol pour évoluer sur le plateau en prenant appui sur une main, sur un pied. A l'annonce de sa condamnation, le roi se tord dans des convulsions plus grotesques que pathétiques ; le guitariste cherche son souffle comme un poisson hors de l'eau ; la princesse, l'ébouriffante Tijen Lawton, se tortille sur une table ou sort du cadre en poussant des cris de joie, portée et balancée par deux danseurs.
Grace Ellen Barkey crée avec And des expériences vibrantes à la gestuelle ondoyante. La danse, aussi belle qu'inventive, prend toujours le pas sur l'humour et la dérision. Rythmée, visuelle, c'est une vague qui emporte les corps dans une irrésistible vitalité.
Isabelle Danto
Source Texte : Théâtres Mars 2004
Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Grace Ellen BARKEY (chorégraphe-interprète),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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