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L'âpre poésie du désastre.
Tambours battants.
L'âpre poésie du désastre.
D'emblée l'orchestre rock impose ses accents, je ne sais quoi de rauque et brutal. Ce n'est rien, et ces arêtes sonores paraîtront douces auprès de ce que Marijke Pinoy et Jan Steen vont montrer sur scène pendant près d'une heure et demie. Deux monstres d'indécence et de pureté. Deux braves qui dansent la gigue sur un bûcher. Quel artiste de chez nous pourrait acquérir soudain ce ressort, cette témérité, cette force d'âme ? Il faut des siècles de fureur surréaliste et carnavalesque dans le sillage de Bosch pour atteindre cette outrance, ce ton guignol, cette frénésie obscène et salutaire. Des Flamands ! Et si, entre chaque tableau, les musiciens jouent, c'est peut-être par pitié, le temps que les deux comédiens s'essuient le front, comme deux boxeurs après un assaut. Devant ces deux-là, qui vont s'étreindre et mourir en songe, on ne pense plus à rien, car la folie efface tout ce qui n'est pas elle, comme la volupté.
On croit d'abord qu'il n'y a aucun argument dans ce spectacle tant l'histoire semble anecdotique : Paola reçoit Raymond qui doit donner des cours de batterie à son fils ; elle a été la compagne de Serge, le frère de Raymond. Et si Serge, as de la batterie, jadis auréolé par une tournée triomphale en Angleterre, n'avait été qu'un minable ? Rien ne subsistera du passé à la faveur d'une catharsis vaine et désastreuse qui abolit l'idée même de la poésie, de la douceur. On est surpris. Choqué. On croit d'abord qu'ils font n'importe quoi par provocation. Erreur : ces Flamands ont inventé une forme théâtrale qui exige du coeur et des entrailles ; ils allient la violence, la proximité, la tension ; ils savent ce qu'ils font. Marcher, courir, tomber, se relever, retomber, manger, suer, bondir, rêver, frémir, vomir, jouer. Oui, surtout jouer, avec un accent belge qui accroît encore ces prestiges lancinants et bouffons.
Est-ce encore de l'art ? Mais oui. Il n'y a pas que la France et les Français.
Frédéric Ferney.
Source Texte : Le Point Jeudi 11 Mars 2004
Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Arne SIERENS (auteur), Koen DE SUTTER (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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