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Un cheval de bois pour tout royaume.
Dickie.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Joël JOUANNEAU - Delphine LAMAND Metteur en scène
Texte : Un cheval de bois pour tout royaume.
Joël Jouanneau s'empare de la figure de Richard III et signe un conte cruel.
Le plateau est presque nu. Un jeune homme androgyne pioche dans une boîte de biscuits en toisant le spectateur à peine calé dans son fauteuil. De quoi suggérer le malaise et troubler d'entrée de jeu les codes du théâtre...
Plutôt que de donner une énième version de
Richard III, le monstre shakespearien, Joël Jouanneau a choisi d'articuler sa
« tentative d'autoportrait au travers d'un personnage » autour de textes de Normand Chaurette, Michel Deutsch et Henri Michaux. Avec quelques détours buissonniers par les oeuvres de Borges, Carmelo Bene, Beckett et Philippe jacottet (lire aussi
Théâtres n°11). Pourquoi « Dickie » ?
« Un sobriquet de jeune chiot », le surnom que Marguerite d'Anjou donnait à Richard lorsqu'il était enfant. Un enfant cruel et blessé, un petit bossu interdit d'amour que son entourage traitait de
« moignon informe », de
« viande indigeste ». Un infirme incapable de pleurer :
« I cannot weep.» avoue le Richard de Shakespeare.
« Pleurer rend moins profond le chagrin qu'on éprouve » répond en écho Dickie.
Claudiquant dans un pantalon déchiré, son joli minois déformé par la rage, Cécile Garcia-Fogel habite l'enfance du monstre, l'innocence massacrée. Une femme pour jouer un homme shakespearien : on se souvient de Maria Casarès dans le rôle du Roi Lear. Dans
Dickie, Cécile Garcia-Fogel s'impose comme une évidence. La comédienne avait croisé Richard III en jouant Lady Anne dans
Les Reines de Chaurette sous la direction de Joël Jouanneau. Elle campe ici un voyou capricieux qui fait valser les têtes et manie la mort comme un jeu, égaré dans une chambre trop grande avec un cheval de bois pour tout royaume. Sa présence magnétique parvient même à faire oublier les quelques effets superflus qui surlignent inutilement le propos.
« Ce que Shakespeare nous a apporté : l'explosion des codes et des genres. La poésie qui fréquente le trivial. L'élégance qui s'entiche du grotesque. Bref la liberté ».écrit Joël Jouanneau. Son Dickie est Shakespearien en diable ».
Sophie Joubert.
Source Externe : Théâtre Janv Fevr 2004
Inséré le : 05/03/2004 00:00