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Dickie, l'enfance d'un monstre.


Dickie.






« Dickie », l'enfance d'un monstre.

Joël Jouanneau adapte le « Richard III » de Shakespeare.

En farfouillant dans la jeunesse du roi sanguinaire, du temps où on l'appelait Dickie.

L'histoire se passe rue de la Roquette, XIem arrondissement de Paris, dans ce Théâtre de la Bastille pas mal rénové après des années d'installations bringuebalantes. Le lieu, une vraie institution, est réputé pour sa bonne programmation, riche de nombreuses et passionnantes créations. Son patron, Jean-Marie Horde, a souvent l'intuition heureuse. Et la connaissance. Dans un livre récent (la Mort de l'âme aux éditions des Solitaires Intempestifs), il écrit : «• [La tragédie] interroge la mémoire légendaire pour inquiéter l'avenir. L'actualité tragique, son immanence profonde, c'est de tenter ce passage. Parler du passé pour lier le présent au temps et penser ce passage, cet irréductible lien. » Bien vu. Hordé accueille aujourd'hui en sa maison un des meilleurs passeurs du monde du théâtre, Joël Jouanneau. Metteur en scène inventif, sensible aux rumeurs du monde, il s'est brillamment illustré en montant des pièces de Lagarce, Serena, Jelinek et bien d'autres. Et voilà que Jouanneau, tarabusté depuis longtemps par un certain Richard III, monstre sanguinaire immortalisé par Shakespeare, s'est mis à farfouiller dans la jeunesse de celui qui n'était encore qu'un jeune prince bossu, tordu, boiteux, disgracieux, celui que ses proches appelait « Dickie ».

Naissance d'un dictateur. Et il en fait un spectacle décalé. Il y a du cirque dans cette sanglante aventure qui voit s'affronter deux familles, les York et les Lancastre, chacune lorgnant le trône d'Angleterre. Il y a de l'humiliation dans la tragédie de«Dickie» Richard III. Mais aussi de l'actua-lité évidente dans cette naissance d'un dictateur baptisé à l'eau de la folie. Les ingrédients de la modernité sont réunis. On pense alors au film d'Al Pacino, Looking for Richard (1996), une interrogation sur ce que signifiait pour les jeunes Etats-uniens de la fin du XX' siècle l'histoire de ce roi. Une tentative de l'acteur-cinéaste réussie dans sa conception mais qui n'apportaient portait pas grand-chose sur le fond. Jouanneau, pour sa part, a voulu s'affranchir de Richard en restant avec « Dickie », le titre de sa pièce.
Formellement, il y réussit brillamment. Sa Melle Chalamel en meneuse de revue est rockeuse et sexy à souhait. L'interprétation de Cécile Garcia-Fogel dans le rôle de « Dickie » est un morceau de bravoure. Il y a des images superbes. D'une boîte en alu, Jouanneau fait une couronne, d'un trapèze un trône. Mais sur le fond, en surchargeant le discours, Richard III fait de l'ombre à « Dickie » et Jouanneau ne maintient pas pendant deux heures trente l'attention des spectateurs.

Jean-Pierre Boursier.



Source Texte : La Tribune 12 Janv 2004

Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Joël JOUANNEAU (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com

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