Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Arne Sierens : "Un texte comme une chanson".
Tambours Battants.
Arne Sierens : "un texte comme une chanson"
Dans Tambours battants d'Arne Sierens, les scènes sont encadrées par de la musique jouée sur le plateau. Mais ici, c'est un groupe de rock qui rythme le texte à coups de riffs plombés à tendance grunge.
Au milieu de la scène trône un réfrigérateur. Il n'est pas grand. Ne possède qu'un seul compartiment. Mais sa disposition centrale fait de cet objet banal un totem. Parfois, il n'en faut pas plus pour distribuer un espace. Et puis, dans son ventre s'alignent les bouteilles d'eau-de-feu, où s'allume la mèche des souvenirs. Tout a commencé par une petite annonce dans le journal : "Cherche batteur pro pour leçons." Une mère de famille, Paola, désire que son rejeton prenne des cours de batterie. Un type dégingandé, cheveux filasse et le visage défiguré par un pansement, a répondu à l'annonce. Il s'est cogné contre le volant de sa voiture, explique-t-il. Mais on dirait surtout que ce Raymond s'est cogné à la vie. Perchés sur des tabourets de bar, ils font connaissance. Ainsi démarre Tambours battants, une pièce d'Arne Sierens, mise en scène par Koen De Sutter. Comme dans le théâtre nô, les scènes sont encadrées, voire rythmées, par de la musique jouée sur le plateau. Mais ici, c'est un groupe de rock qui mouline des riffs plombés dans une tonalité grunge. Mais entre Paola et Raymond, il y a déjà un passé, qui se découvre progressivement, avant de déborder de toutes parts...
"Dans cette pièce, tout parle de moi, remarque doucement Arne Sierens. Il y a vingt ans, je chantais dans un groupe punk. A cette époque, j'ai perdu un de mes amis guitariste, qui est mort à Amsterdam en tombant d'un échafaudage." Curieusement, Arne Sierens, que l'on connaît en France pour son travail avec Alain Platel et ses propres mises en scène, n'a pas désiré porter lui-même au théâtre ce texte écrit il y a dix ans. D'autres s'en sont chargés. Mais c'est Koen De Sutter qui a trouvé le ton et l'émotion justes. "Il a ouvert la pièce ; il l'a mise à nu", dit Arne Sierens. Le succès de cette mise en scène tient aussi à la présence de Marijke Pinoy et Jan Steen, deux comédiens formidables. Ils donnent chair et vie à cette histoire hantée par les souvenirs, le fantôme du frère, mais aussi toutes les rancœurs et frustrations accumulées au fil des ans. Cela explose à coups de tequila frappée et de jets de cacahuètes, dans une pochetronnade au bord de la transe. Sur un plateau transformé en champ de bataille, Paola et Raymond s'étreignent et s'étripent, se trouvent et se ratent, tandis que la mémoire déborde. Une capacité à aller jusqu'au bout de soi-même qui évoque les films de Cassavetes. "C'est vrai qu'il nous a beaucoup influencés. Déjà, pour Bernadetje, avec Alain Platel, nous nous étions inspirés d'Opening Nights. Paola et Raymond sont tous les deux pleins de cicatrices. Le sang coule, c'est une pièce de sang."
Arne Sierens ne se considère pas comme un auteur réaliste, et encore moins comme un dramaturge. "Je veux bien être un homme de théâtre, concède-t-il. Dans l'écriture, je déteste les descriptions et tout ce qui est analyse. J'aime raconter. J'aime le côté rituel du récit. Il faut que le texte soit comme une chanson de rock, comme du flamenco ou de la soul music. En fait, je n'aime pas le théâtre théâtral. Je n'aime pas les acteurs : j'aime les hommes et les femmes. Quand quelqu'un entre sur scène, il doit être le témoin d'une humanité. Hamlet ne m'intéresse pas. Pour moi, le texte ne doit pas être au centre. Il doit servir à provoquer quelque chose chez cet homme et chez cette femme, qui vont en faire un rituel. C'est ça que j'aime dans le théâtre japonais ou chez Tadeusz Kantor, cette façon d'être dans l'inexplicable, dans l'irréel du réel."
Hugues Le Tanneur
Source Texte : Aden du 3 au 9 Mars 2004
Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Arne SIERENS (auteur), Koen DE SUTTER (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
A voir :