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"Tambours battants", le passé à tout casser.
Tambours battants.
«Tambours battants», le passé à tout casser.
Théâtre. Des retrouvailles qui tournent à l'affrontement, par le Flamand Arne Sierens.
Du coin cuisine, un groupe rock donne la mesure de Tambours battants du Flamand Arne Sierens - une de ses premières pièces, qu'on découvre dans une mise en scène de Koen de Sutter. PJDS , groupe du chanteur guitariste Pieter-Jan de Smet, attaque une reprise rageuse du Cargo de nuit d'Axel Bauer. Un «band», disent Paola et Raymond, qui bientôt s'écharperont sur des souvenirs. Rien à voir avec celui de Serge, Loulou et autres camés qu'évoquent les deux héros.
Le frigo et l'évier brillent. Tout le monde a l'air normal, au départ. Tailleur et talons rouge sang, Mme Deboeuf a passé une annonce pour offrir des cours à son fils aîné Dominique, 14 ans, mordu de batterie. Un grand échalas, nez plâtré, sonne à la porte. Une fois l'affaire conclue, l'homme et la femme découvrent qu'ils se connaissent : Raymond est le demi-frère de Serge, batteur lui aussi, que Paola a aimé à la folie. Une heure et quelques morceaux plus tard, la scène est un désastre : vodka, cacahuètes, corps ivres désespérés.
Chacun ses faits. Défaite, les joues repeintes de larmes et de khôl, la bretelle de soutien-gorge ballante, la blonde Paola n'a plus de voix pour crier sa version des faits mal cicatrisés. Un petit côté Sister Morphine, Marianne Faithfull après la tempête. Raymond, gamin grandi trop vite dont le corps offre une invraisemblable courbe, surmontée d'un nez «bec d'aigle» et d'oreilles décollées à la Gainsbourg, erre, le tee-shirt plein de Nutella, une chaussette à la main pour essuyer son visage en sueur.
Les corps, possédés, se désirent, déchirent, et mettent le passé en pièces en sept scènes intitulées «reprises». La pièce glisse du quotidien à la bacchanale. Et, comme toujours chez Sierens, ça n'a l'air de rien. Le dramaturge de Gand, qu'on a d'abord connu chez Platel et qui cite Bresson comme la référence (une de ses pièces s'appelle Mouchette), cueille le réalisme à son plus banal.
Derrière l'histoire de jeunesse un peu minable, on entrevoit le désarroi de faubourgs minés par la misère. Ce qui n'empêche pas la poésie de venir y nicher. Rien n'est clairement dessiné, les versions de Paola et de Raymond se contredisent. Une dramaturgie où l'omniprésence du hors-scène tiendrait assez de la porte à côté, et qui requiert tout l'espace du plateau avec la puissance de feu des deux acteurs hallucinants que sont Marijke Pinoy et Jan Steen pour trouver sa pleine ampleur. L'approche du jeune metteur en scène Koen de Sutter, inconnu en France mais familier de la langue de Sierens, est aussi déjantée que le texte paraît serré.
Troupe anversoise. Sa définition du Theater Zuidpool, compagnie qu'il dirige depuis trois ans à Anvers : «Nous marchons, nous courons, nous tombons, nous nous relevons, nous réfléchissons, nous dansons, lisons, trébuchons, regardons tomber la pluie, mangeons, bondissons, cognons, rêvons, vomissons et jouons», rejoint les derniers mots de la pièce. «Se redresser/ Refaire quelques pas/ S'arrêter/ Marcher/ Tomber.» Comme un enfant qui apprend.
Maïa Bouteillet
Source Texte : Libération lundi 1er mars
Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Arne SIERENS (auteur), Koen DE SUTTER (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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