Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Festin façon fast-food.
XL
Festin façon fast-food
A Paris, parodies hilarantes des grands de la chorégraphie concoctées par la jeune Brésilienne Maria Clara Villa-Lobos.
Elle cherche «une place dans le business» de la danse comme d'autres, dans une file de supermarché. Maria Clara Villa-Lobos, chorégraphe de 28 ans d'origine brésilienne, passée par l'école d'Anne Teresa De Keersmaeker et interprète dans de nombreuses compagnies, ne prétend pas déjouer les pièges du système. Elle en adopte même toutes les postures, pour les servir à sa sauce sur un plateau en pur plastique. Avec beaucoup de générosité et une grande simplicité, cinq danseurs offrent leur vision assez déboussolée du monde marchand. XL, le spectacle, s'annonce comme le meilleur, «because more is better and size does matter» («parce que plus y'en a, mieux c'est, et la taille, ça compte»). Les mets y sont bien vendus, avec une bonne dose d'humour et de savoir-faire.
Pina Mac Nuggets. Le spectateur est tout d'abord invité à une sorte d'apéro maison. Une charmante hôtesse prend la commande. Le menu, calqué sur ceux des fast-foods, propose ses classiques : le double De Keybus, le De Maeker de Luxe, les Trish and chips, le big Mac Stuart, la Platel Pie, les Pina Mac Nuggets, le Bel Sundae, le double Mac Francfurt et le Tutti-frutti. Derrière ces dénominations se cachent quelques grands de la danse contemporaine (Trisha Brown, William Forsythe...) dont on va dévorer les oeuvres dans un remake de comédie musicale façon Villa-Lobos.
Il y a, ici, de la conférence dansée de Dominique Boivin («la Danse, une histoire à ma façon»), qui résume à sa manière pince-sans-rire et précise les grands courants de l'art chorégraphique. Il y a aussi la dépense joyeuse des Ballets du Trockadero, dans une très sérieuse parodie des ballets classiques, et maintenant modernes.
Les extraits de pièces sont hilarants, car rien n'échappe à la sagacité de la bande, sans aucun mépris envers les créateurs cités. Chaque tic de langage est pointé, de la danse des bras de Pina Bausch à la mécanique articulaire de Forsythe, en passant par les adresses au public des personnages de Platel. On rit à la référence mais pas seulement. Les changements de costumes, de rythmes, de styles amplifient le caractère ébouriffé d'un spectacle sacrément rythmé.
La suite n'est pas triste non plus. A la chaîne ou au supermarché, les corps sont asservis à des tâches ingrates, sans le moindre espoir d'évolution ni dans la société, ni dans l'entreprise. Cela déraille souvent à la Jacques Tati, les danseurs se livrant à la parodie d'un ballet aquatique, mais à bord de leurs chariots, à quelques séquences de Star Academy ou à un strip-tease sans nus.
Créneau. Rien n'échappe à la fantaisie de Maria Clara Villa-Lobos qui, ainsi, trouve sa place dans le créneau encore assez libre du comique. Comme les interprètes sont à la hauteur, autant dans les techniques de danse que dans le jeu théâtral, ils n'ont aucun mal à convaincre un public en mal de légèreté et de fraîcheur, d'un dégel possible du système.
Marie-Christine Vernay.
Source Texte : Libération mardi 17 février
Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Maria Clara VILLA-LOBOS (chorégraphe-interprète),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
A voir :