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Voyez comme on danse.

Dickie.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Joël JOUANNEAU - Delphine LAMAND Metteur en scène

Texte : Voyez comme on danse.

AuThéâtre, il y a deux régimes de travail, deux registres. Le premier s'épanouit au secret du quotidien labeur, de la répétition, de l'atelier. Il est exercice, brouillon, mise à l'épreuve, recherche. L'autre exige une rigueur, un partage. Il n'est pas nécessaire qu'il soit d'une clarté absolue et facilement déchiffrable. Mais, le spectateur doit pouvoir recevoir quelque chose.
Il s'en défend, bien sûr, mais ce que Joël Jouanneau offre n'est que le reflet d'une préoccupation imtime, profondément narcissique. Moi et Richard, moi et Michaux, moi et les poètes. Sous les voiles de la modestie - ce « Dickie» n'est qu'un collage, un montage, une « œuvre sans auteur » mais tout en références et révérences - c'est un prétentieux assemblage qui se donne à voir en élégances très « tendance ».
Le spectacle se réduit aux jeux d'un groupe d'artistes qui a lu et travaillé. Bien. On passe du «je » de Jouanneau à l'implicite « nous » de la troupe. Mais l'on ne change pas d'esprit. Et l'on chante, et l'on danse, et l'on pratique l'ellipse comme la balançoire. Des images, des fragments.
Stérile entreprise. Un matériau pour la quête. Dès qu'on veut le mettre en scène, on bascule dans la coquetterie, l'image pour l'image. On fabrique de l'ennui avec tapage.
A qui s'adresse donc Jouanneau ? A des jeunes qui ne connaîtraient rien de Richard III et n'auraient jamais entendu Shakespeare ? Ici, on ne leur parle qu'allusivement en faisant des voltes et des contre-voltes. Loin de La Rose et la Hache précipité dramatique concocté jadis par Jo Lavaudant avec Ariel Garcia-Valdès ! Dickie est exactement le contraire de ce que voulait Jouanneau, par ailleurs auteur respectable et metteur en scène sensible. Il se fourvoie complètement Les interprètes, à commencer par la magnifique Cécile Garcia-Fogel, sont excellents. Mais on ne dépasse pas la démonstration vaine. Le public est largué, frustré. On va au théâtre pour être ému.

Armelle Héliot.



Source Externe : Le Figaro 9 Janv 2004


Inséré le : 13/02/2004 00:00