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Un paradoxe hilarant.
Du serment de l'écrivain du roi et de Diderot.
Un paradoxe hilarant.
L'illustre philosophe français, passé à la moulinette des théâtreux iconoclastes flamands. Ou comment l'humour est un moyen efficace de poser des questions sérieuses.
La grande salle du Théâtre de la Bastille n'est plus comme on la connaissait. Les fauteuils rouges restent vacants et le plateau, réduit au strict minimum, est investi par trois comédiens aux crânes rasés et de noir vêtus. On les observe, plus de deux heures durant, assis bilatéralement sur des chaises en bois. Un dispositif bi-frontal, où chaque rangée de spectateurs ne perd jamais de vue celles d'en face, pour traiter de théâtre, des acteurs, du public et, en passant, de Diderot.
Peter Van den Eede, Mattias de Koning et Damiaan De Schrijver, dont les noms de famille sont cachés dans le titre original du spectacle Vandeneedevandeschrijvervandekoniggendiderot - clin d'œil au Ritterdenevoss, de Thomas Bernhard, traduit en français comme Déjeuner chez Wittgenstein -, se livrent à une performance de haute voltige. Dans un déséquilibre physique constant, à force de tomber les uns sur les autres et de buter sur les éléments du décor, ils sortent de leurs mallettes toutes sortes d'objets, de préférence inattendus : poissons, poulets, asperges, oranges et fromages en plastique, qu'ils disposent sur la table, comme autant de natures (vraiment) mortes, des vrais glaçons et du thé (très) chaud qu'ils préparent sur place, des capsules d'hémoglobine avec laquelle ils se barbouillent, ou des cannes pour se battre, se prendre les pieds dedans et emporter dans leurs chutes soigneusement maîtrisées nappe et couverts.
Derrière ces actes gratuits et sans but, l'instant présent acquiert une force détonante et l'acte théâtral, aussi imprévu que contrôlé, est continuellement en train de se faire, devant et avec le public. Car les trois clowns virtuoses n'oublient jamais sa présence et sont prêts à saisir au vol toute réaction des gradins, rires, toux ou regards. Dans cette ambiance, pour le moins hilarante, les grandes questions sur l'essence du théâtre sont posées. Ayant comme point de départ la thèse de Diderot selon laquelle le comédien ne doit pas ressentir les émotions de son personnage mais en être l'observateur et le juge, les trois acteurs s'interrogent sur l'illusion au théâtre, l'identification du comédien à son personnage ou la nécessité à la référence à un modèle puisé dans la nature. Et évidemment les idées quelque peu ridées de Diderot sont souvent tournées en dérision. Les comédiens, affirment-ils, font des efforts pour jouer, n'éprouvent aucune émotion et sortent heureux du plateau, tandis que les spectateurs ne font aucun effort, ressentent des émotions et sortent malheureux de la salle. Ils n'hésitent pas, d'ailleurs, à débattre avec le plus grand sérieux sur le fait que l'un d'entre eux a croisé Mlle Clairon dans la rue et il l'a trouvée d'une tête plus petite que sur la scène ! À noter que c'est Diderot lui-même qui, afin d'appuyer son idée selon laquelle « le comédien dans la rue ou sur la scène sont deux personnages si différents qu'on a peine à les reconnaître », donne l'exemple de la taille trompeuse de la célèbre actrice. Au fur et à mesure, à coup de mots et de gestes, le caractère, ou plutôt la fonction, de chaque personnage s'esquisse. Comme dans toute histoire drôle, on y rencontre l'expansif, l'impassible et le simplet. L'expansif (Damiaan De Schrijver) qui domine les autres et dont la maladresse transforme le plateau en véritable souk Van den Eede) qui semble subir mais qui trouve toujours un moyen pour s'imposer et le simplet (Mattias de Koning) qui, texte à la main, récite dans un phrasé incompréhensible, épuisant toute patience. L'écrivain, le serment et le roi, en compagnie de Diderot, tour à tour comédiens et personnages. nous démontrent comment les textes les plus sérieux peuvent être abordés avec humour et donner place à un théâtre bourré d'énergie et d'inventivité.
Source Texte : La quinzaine des spectacles 11 déc 2003
Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Compagnie TG STAN (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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