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Une superbe jouissance.
Du serment de l'écrivain du roie de Diderot.
Une superbe jouissance.
Le comédien doit-il jouer avec son intelligence ou avec sa sensibilité ? Le comédien doit-il ou non s'efforcer d'imiter la nature ? Est-ce qu'il y a une sensibilité artificielle ? Quelle différence y a-t-il entre un tartuffe et le Tartuffe ? Qu'est-ce qu'un grand comédien ? Devient-on cruel parce qu'on est bourreau ou se fait-on bourreau parce qu'on est cruel ? Toutes ces questions-là, et bien d'autres, pertinentes, qui renvoient à l'art de la comédie, Diderot, qui était meilleur dans le discours sur le théâtre que dans l'écriture théâtrale, les a posées et y a répondu de manière éblouissante dans le célèbre et contestable Paradoxe sur le comédien. C'est d'une intelligence tellement agile et prolixe qu'on sort exténué de cette lecture, au point que Diderot lui même, n'en pouvant plus, termine son livre par ces mots : « Mais il se fait tard. Allons souper. »
De fait, il y a toujours un moment où la bête chez nous revendique ses droits naturels et où, saturés de raison raisonnante, nous passons à table avec plaisir. Cela s'appelle jouir.
On peut faire du théâtre comme on passe à table, faire du théâtre en jouissant, et pousser la jouissance jusqu'à ses paroxysmes. Non seulement la vérité peut y trouver son compte, mais parfois, curieusement, l'intelligence aussi.
C'est cette preuve qu'administrent au Théâtre de la Bastille trois comédiens d'origine et de culture flamande - une fois de plus la lumière vient du Nord - dont l'un ne nous est pas inconnu puisqu'il nous avait enthousiasmés l'année dernière avec le Meister de Thomas Bernhard. Ils se livrent à travers une lecture parodique et jubilatoire d'extraits du Paradoxe de Diderot à une mise en pièces cataclysmique de la théorisation théâtrale. Ils traduisent les jeux brillants de l'esprit auxquels excellait Diderot en un corps-à-corps d'une force, d'une violence, d'une drôlerie hors de toute mesure. Par l'insolence, par l'hystérie, par le délire physique ils rendent intelligible et puissamment théâtral le questionnement dialectique de Diderot Leur folie explique de manière éblouissante le mystère du théâtre. Cirque, satire, carnaval, farce ? Tout cela à la fois, mais au service d'une réflexion sur le théâtre, spectaculairement mise en action, et d'une irrésistible jouissance théâtrale collective. C'est génial.
Philippe Tesson
Source Texte : Le Figaroscope Déc 2003
Genre : revue de presse
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Compagnie TG STAN (Metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Bastille - http://www.theatre-bastille.com
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