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Arne Sierens

Tambours battants


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

Arne SIERENS Metteur en scène

Texte : Arne Sierens.

L'auteur fétiche de Platel à l'honneur grâce à sa pièce « Tambours battants »

Si l'on devait citer un nom pour incarner la nouvelle vague de ce théâtre qui, en Belgique, réussit depuis près d'une dizaine d'années à renouveler le genre, il y a fort à parier qu'en premier viendrait, sur toutes les lèvres, celui d'Alain Platel. Pourtant à regarder de plus près la liste de ces fameux spectacles qui nous ont retournés on s'aperçoit bien vite de l'injustice médiatique qu'au pays de Molière, l'on fait subir a qui ne pose pas ses phrases comme des pièces montées. Il y avait un auteur derrière ces dialogues à l'emporte-pièce qui avaient l'art de nous toucher, semblaient si vrais qu'on les pensait improvisés.

L'art de saisir le réel

Avec l'extrême justesse d'une écriture collant a la vie comme une marque de fabrique, Arne Sierens, puisque c'est de lui qu'il s'agit, était la plume discrète de ce théâtre de l'intime qui révolutionnait nos scènes. De l'émouvante dérive du minimaliste Mère et enfants (1995) à l'ambiance survoltée du manège d'autos tamponneuses qui cadrait l'entrée dans l'adolescence de l'inoubliable Bernadetje (1996) sans oublier les embrouilles de voisinage qui faisaient le se! de Tous des Indiens (1999), l'écriture de Sierens s'est faite experte dans l'art de saisir le réel Une manière bien à lui de dire le bonheur et la peine, la déglingue absolue tout autant que l'amour quand il s'exhibe à grands cris ou se contente, avec pudeur, de n'être qu'émotion. Le binôme s'est dissous pour un temps. Mais Sierens reste fidèle au poste en auteur très prolifique.
En 2000. il nous surprenait encore avec l'incorrect Pas tous tes Marocains sont des voleurs, un travail engagé avec des acteurs amateurs, dont il signait la mise en scène. Une chronique douce-amère pour conter les petits et grands moments d'une équipe de boxe féminine de la banlieue de Gand.

Un passé qui fait lien

Avec Tambours battants (1994), la compagnie anversoise du Theater Zuidpool nous invite à un retour en arrière dans l'œuvre de Sierens. Comme souvent chez l'auteur, l'argument de la pièce trouve prétexte dans l'un de ces coups du hasard qui n'arrivent que dans la vie. Paola, une bourgeoise rangée des voitures, cherche, pour son fils aîné, un professeur de batterie expérimenté. C'est Raymond qui sonnera à sa porte. En un mot, il respire la galère. Mais au premier regard, ces deux-là se reconnaissent. Entre Paola et Raymond, il y a un morceau du passé qui fait lien, un fantôme qui resurgit et qui se nomme Serge. Pour elle, il fut le premier amant. Pour lui, le demi-frère qui, un jour, disparut en Afrique sans laisser de trace.
En sept courtes scènes - comme sur un ring, on décompte les rounds -, ils laissent remonter à la surface les souvenirs de ces années glorieuses, pour dire les frasques d'une époque qui faisait rimer musique, défonce et embrouilles avec flics. En ce temps-là, Raymond n'avait que 14 ans, Paola à peine 20. Pour remonter ce fil du temps qui les aimante l'un à l'autre, chacun y va de ses confessions, intimes et impudiques. Leurs rencontres s'arrosent à la tequila, dégénèrent en orgie. Rien ne les arrête plus, pour qu'enfin tout soit dit.

Aussi physique que sensible

A partir de cette trame conçue comme une chute libre, le metteur en scène Koen De Sutter propose un étonnant dispositif. Sur le plateau, il installe, au côté des acteurs, les musiciens du groupe pop gantois de Piet-Jan De Smet. Entre chaque scène, ceux-ci ont pour mission de faire monter la pression. Un évier, un frigo et une batterie posent les rudiments d'un décor, pour cadrer dans leur cuisine les formidables prises de bec de Marijke Pinoy et Jan Steen. Aussi physique que sensible, cet extraordinaire numéro d'acteurs est un destructeur vent de folie dont personne ne peut espérer sortir indemne.

Patrick Sourd



Source Externe : Nova Fév 2004


Inséré le : 09/02/2004 00:00