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Tiago Guedes
Un solo
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Tiago Guedes chorégraphe-interprète
Texte : Tiago GuedesLoin de certaines attitudes de la danse contemporaine, le jeune chorégraphe Lisboète, refuse de s'exposer. De même, il tient à distance l'improvisation, préférant travailler à l'aide de croquis et de maquettes. Premier contact avec un personnage discret, tout frais arrivé sur la scène française.
À vingt-cinq ans, et trois pièces à son actif, Tiago Guedes affirme déjà une belle stratégie de la construction et du récit. En utilisant des matériaux pourtant simples et basiques, il réussit à inscrire les corps dans l'espace poétique d'environnements incroyablement ouverts et changeants : des topographies sans cesse renouvelées à l'intérieur desquelles marches et traversées, manipulations et assemblages d'objets en arrivent à structurer le temps donné en représentation. Une paire de ciseaux, des instructions laissées sur une feuille, le papier journal d'un hebdomadaire, une bande de ruban adhésif... Les actions comme les choses - souvent indéfinies, à l'instar des intitulés de ses pièces - semblent souvent être là pour y demeurer en suspens, attendre qu'un tiers événement vienne s'y conjuguer, pour enfin révéler leur raison d'être. Ludiques, les propositions du chorégraphe ne sont jamais casuelles pour autant : elles captent délicatement l'attention et réussissent toujours à produire leur énoncé, démontrant ainsi qu'il suffisait de laisser le temps agir pour se laisser prendre au jeu.
« L'idée est de créer sur scène un paysage qui respire et qui change pour le reconfigurer à chaque instant, mais aussi de pouvoir le modifier en évitant de laisser les choses s'installer. » Lorsque le jeune lisboète s'empare des matériaux chorégraphiques et visuels qu'il utilise, il n'envisage pas nécessairement que les actions menées sur le plateau participent à la constitution d'un tableau final :
« II s'agit bien plus d'agir étape par étape, et de donner à voir le temps que cela peut prendre. Ce n'est donc pas tant le résultat, mais la construction de ce résultat qui m'intéresse. »Tiago Guedes fait aussi preuve d'une présence singulière. À la ville comme à la scène, il présente un état de corps non offensif, en ce sens qu'il partage cet immense talent d'aller se placer loin de ces vieilles lunes de la danse contemporaine.
« Je n'aime pas m'exposer confesse-t-il... mais disant cela, je sais que j'énonce une contre-vérité puisque je me suis dirigé vers une activité dont l'unique objet est de s'exposer. Même si je travaille beaucoup seul en amont de la présentation de mes pièces, je les conçois en ayant à l'esprit qu'elles seront un jour offertes au regard. C'est leur essence même... donc je m'expose... mais je n'aime pas jouer avec des choses personnelles, ou sur les registres du sentiment ou de l'émotion. » Dans
Un spectacle avec première annoncée - pièce pour quatre interprètes - ou encore
Matériaux divers - créé en septembre dernier - Guedes compose des instantanés panoramiques dont les images viennent se fixer dans le regard du spectateur, un procédé de construction qu'il explorait déjà dans son premier solo.
« Cet aspect du travail m'intéresse tout particulièrement et c'est ce que j'entends continuer à explorer à l'avenir : comment la perception et la mémoire permettent au spectateur d'être actif pendant le temps d'une représentation. C'est également nécessaire que des personnes différentes puissent voir des choses différentes dans ce que je leur montre, c'est donc important que celles-ci soient ouvertes à l'interprétation. » Réfléchir et expérimenter, prendre différents chemins tout en ayant retenu qu'improviser, c'est aussi raconter... Si Tiago Guedes a les yeux pleins d'étoiles, il a la tête remplie de projets. Il sait aussi être déterminé lorsqu'il s'agit de faire confiance à ce sens de l'anticipation qui est celui de la pensée, en s'aidant de nombreux croquis et de maquettes à différentes échelles. C'est sur ce terrain qu'il improvise, pour finalement aller a l'essentiel lorsqu'il se retrouve à travailler dans un studio, comme il le fera pour sa prochaine création, sur laquelle il planche aujourd'hui, après l'avoir clairement définie comme un trio.
Tiago GuedesTiago Guedes confesse volontiers sa fascination pour les plans. Ces rationatisations de viIles en réseaux qui pourraient tout à fait correspondre à ses méthodes de travail : rigides au premier abord... schématiques serait plus juste. Issu d'une famille de musiciens établie à Leiria. Petite ville proche de Fatima au Portugal, Tiago a commencé par se former pendant huit ans au conservatoire de musique avant d'intégrer la section danse à l'école supérieure de danse de Lisbonne. Il déclare ne pas vouloir travailler la composition chorégraphique en improvisation. Pas du tout.
« Seulement par anticipation. Je pense, je prends différents chemins, je change les choses. Mais lorsque je rentre dans l'expérimentation physique, la structure de mes pièces est déjà fixée. J'ai souvent cette image d'un squelette que je garnirais de muscles pour composer le corps que peut constituer une pièce. Je pense d'abord à un mouvement, ensuite viennent la lumière, le son, et enfin tous les autres matériaux. Mes conduites changent beaucoup mais seulement sur le papier. En fait, la première partie de mon processus de travail consiste simplement en une phase d'écriture. ». Le chorégraphe a complété sa formation de manière ponctuelle auprès de Meg Stuart, Jonathan Burrows, Thomas Lehmen, Francisco Camacho et Silvia Real notamment. Il a aussi joué dans les pièces de David Miguel, Miguel Pereira, Alice Chauchat, Francisco Camacho et Miguel Abreu, Aldara Bizarro, Joào Fiadeiro. En 2002, il présente
Un Solo dans le cadre du festival
Danças na cidade. Avec
Un spectacle avec première annoncée, il signe sa première pièce de groupe. En 2003, il commence à développer une activité pédagogique et crée le solo
Matériaux divers.
Source Externe : Mouvement janvier 2004
Inséré le : 08/01/2004 00:00