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Un vent d'espoir et puis gueule de bois

Peut-être elle pourrait danser d'Abord et penser ensuite suivi de Selfish Portrait.


Source : Théâtre de la Bastille (http://www.theatre-bastille.com)

Apparence :

João Fiadeiro chorégraphe-interprète
Vera MANTERO chorégraphe-interprète

Texte : Vera Mantero et João Fiadeiro, chorégraphes :
«Un vent d'espoir et puis la gueule de bois»

Chefs de fil historiques de la danse contemporaine portugaise, Vera Mantero, 37 ans, et João Fiadeiro, 40 ans, comptent parmi cette génération spontanée d'artistes qui lancèrent, en 1993 à Lisbonne, un vibrant marathon chorégraphique pour manifester leur énergie et exiger reconnaissance et moyens de production. Ils sont aujourd'hui, dans leur domaine, quasiment les seuls à vivre de leur pratique artistique mais travaillent surtout à l'étranger. Soucieux d'assurer la relève, ils ont ouvert leurs structures de production à d'autres, partageant administration, réseaux et complicité avec de jeunes artistes en pleine éclosion. Vera Mantero a notamment créé, en 1998, O Rumo do Fumo, qui apporte son soutien à six artistes. Avec RE. AL (resposta alternativa), la compagnie qu'il a fondée en 1991, João Fiadeiro tâche, lui, d'aider chaque année un nouveau chorégraphe et organise régulièrement des «Labs», forums laboratoires où étudiants, artistes de différentes disciplines, scientifiques et chercheurs en sciences humaines sont invités à se rencontrer.
Vera Mantero : «Les difficultés viennent du manque de clarté politique. On ne voit pas de vraie volonté d'aider la danse contemporaine. Au lieu de résoudre les difficultés, la politique embrouille tout. Les équipes valsent et nous, on est là à attendre que des mesures soient prises. Ma compagnie est conventionnée, je reçois toujours la même subvention : elle ne baisse ni n'augmente, on ne me demande rien. En outre, les règles deviennent plus compliquées. Jusque-là, lorsqu'un chorégraphe associé à ma structure recevait une aide au projet, la subvention transitait par la structure qui payait des impôts dessus ; aujourd'hui, c'est l'artiste qui est imposé en son nom. Résultat : les créateurs ne veulent plus demander d'aide car cela peut les mettre dans une situation financière dramatique.
Dorénavant, le concours d'attribution des subventions se déroulera au niveau local. Chaque municipalité va devoir mettre en place un jury et donc trouver sur place trois personnes compétentes ! Eh bien ! cela n'existe pas. Il n'y a pas actuellement au Portugal suffisamment de personnes habilitées. Le pire, c'est que l'activité est quasi nulle. Il y a des lieux qui émergent à partir d'initiatives privées, toutefois, ils ne sont pas soutenus. Je ne danse pratiquement pas au Portugal, je ne donne ni cours ni stage, toutes mes créations ont lieu à l'étranger, en France surtout, et en Allemagne. C'est difficile d'être toujours au loin. Le plus aberrant, c'est que le pays qui me donne de l'argent ne profite pas de mon activité !»
João Fiadeiro : «Les choses vont-elles enfin se stabiliser ? A la mi-décembre, nous avons eu une rencontre positive avec Paulo Cunha e Silva, le directeur du nouvel institut des arts. Les subventions des compagnies conventionnées seront renouvelées automatiquement, ce qui prouve que nous sommes dans une période très tendue. Il y a un manque total d'espace de travail, d'infrastructures, de réseaux de diffusion. Pour ceux qui arrivent maintenant, il n'y a rien. Par le passé, nous avons eu des opportunités pour créer, lors d'événements comme l'Exposition universelle, par exemple. Le pouvoir avait besoin de nous pour insuffler du contenu, mais après, plus rien : la gueule de bois... Lors de Porto, capitale culturelle européenne, en 2001, il y avait des spectacles tous les jours. Après, le vide complet, il n'y avait plus d'argent. Aujourd'hui, le théâtre municipal n'a plus de subvention car la nouvelle municipalité de droite a taillé dans le budget de la culture. Le tapis s'est dérobé sous nos pieds alors que nous étions en pleine croissance.
Au Portugal, il n'y a pas cette qualité de conscience civique et politique que l'on peut observer en France, l'opinion publique fait preuve d'une immense passivité. C'est une mentalité héritée de la dictature qui fut très paternaliste et très isolationniste. Ma génération a été la première à faire une brèche dans ce rideau de fer culturel et psychologique. Avec l'avènement des socialistes, il y a eu un vent d'espoir. Nous avons passé quinze ans sur un petit nuage, portés par l'argent de l'Europe. Personne n'a eu le courage de dire ce qu'il en était en réalité. Maintenant, la vérité sort : ce sont tous ces scandales de corruption et de pédophilie qui éclatent. Je crois qu'une période de deuil et de vide est nécessaire pour préparer la transition.
J'ai perdu l'espoir, pourtant, cela me rend plus optimiste. Notre priorité, c'est de trouver un lieu car le projet d'acheter un immeuble de cinq étages à six danseurs pour en faire un Centre de la danse a capoté faute de soutien. L'actuelle municipalité de Lisbonne ne s'intéresse nullement à la danse. Ils n'ont que le mot «décentralisation» à la bouche. Mais il n'y a pas de centre !»
Maïa Bouteillet


Source Externe : Libération Lundi 5 Janvier 2004


Inséré le : 07/01/2004 00:00