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Portugais ensablés.
Vera Mantero et Pedro Pinto jouent Caetano Veloso
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Vera MANTERO chorégraphe-interprète
Pedro PINTO musicien
Texte : Portugais ensablés
A l'occasion d'un cycle de danse contemporaine à Bastille, état des lieux d'une scène culturelle globalement sinistrée.
Les Complicités portugaises, qui s'ouvrent ce soir au théâtre de la Bastille par la voix de Vera Mantero - la danseuse chante Caetano Veloso -, désignent moins une éventuelle proximité entre celle-ci, son compatriote João Fiadeiro et la scène parisienne. Elles renvoient plutôt à l'entente qui règne entre ces deux-là et d'autres chorégraphes tels Tiago Guedes et Miguel Pereira, nés à la scène il y a quelques années à peine, et que l'on découvre en France pour la première fois. Dans un paysage culturel récent sans cesse fragilisé par de nouvelles crises, les artistes lusitaniens ont très tôt appris à se serrer les coudes (lire ci-contre).
Démissions. Pour la danse contemporaine portugaise, tout a commencé au début des années 90. La période a été marquée par un essor généralisé qui a vu naître le ministère de la Culture en 1996, sur des bases en grande partie déclenchées par la fondation privée Gulbenkian. Puis, les mesures désastreuses du dernier gouvernement socialiste, sous le ministère de José Sasportes (Libération du 17 février 2001), féru de patrimoine et allergique à la création contemporaine, ont ruiné les prémices d'une vraie politique culturelle et contraint à la démission les personnalités les plus compétentes. «Les fondateurs sont partis et maintenant, c'est le vide», vitupère le très estimé critique de théâtre João Carneiro. La fusion, opérée en septembre dernier par le gouvernement conservateur, de l'Institut des arts du spectacle et du département Arts plastiques en un seul super Institut, l'a fait bondir comme bon nombre d'artistes qui y voient une mesure d'économie. «Les choses commençaient à peine à se mettre en place et il faut tout recommencer! Cela fait déjà plusieurs mois que la fusion a été opérée et aucune mesure concrète n'a suivi. C'est très inquiétant», poursuit Carneiro qui, en 1996, avait accepté de diriger le département théâtre de l'ancien institut, avant de jeter l'éponge au bout de quelques mois pour regagner les colonnes hebdomadaires de l'Expresso. «Il n'y a pas d'argent pour aider les artistes qu'on ne connaît pas encore à émerger.»
Maria de Assis, une ancienne de la Fondation Gulbenkian, qui a rejoint le ministère de la Culture une semaine avant Noël, n'est pas de cet avis. «Après une période normale de transition, nous allons pouvoir remettre en fonction cet institut. Jusque-là, la majeure partie de son action se bornait à distribuer des subventions. Or, il faut imaginer un véritable accompagnement des artistes.» Elle refuse de confirmer la baisse des subventions qui oblige Danças na cidade, l'un des meilleurs festivals, à annuler l'édition 2004, mais convient «qu'il faudra opérer une sélection plus étroite des compagnies à subventionner».
Expulsion.De son côté, le metteur en scène Jorge Silva Melo, 55 ans, avoue «ne pas comprendre la situation». Référence historique du théâtre lisboète, il encourage, au sein d'Artistas unidos, de tout jeunes acteurs et chorégraphes à explorer les nouvelles dramaturgies. Une aventure décrite comme «un des pôles les plus importants de la création contemporaine» par João Carneiro. Expulsé sans préavis en septembre 2002 de Capital (immeuble de 5 000 m2 dans lequel il avait lancé cette expérience) sous prétexte de mises aux normes, Jorge Silva Melo attend toujours de retrouver ses locaux rénovés. Depuis, la mairie a systématiquement annulé tous les rendez-vous.
Par Maïa BOUTEILLET
Source Externe : Libération lundi 5 Janvier 2004
Inséré le : 05/01/2004 00:00