Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Le juif est le seul personnage dans la pièce qui soit en mesure d'aimer.
Les ordures, la ville et la mort.
Source : Théâtre de la Bastille (
http://www.theatre-bastille.com)
Apparence :
Rainer Werner FASSBINDER auteur
Pierre Maillet Metteur en scène
Texte : Le 9 avril 1976, Rainer Werner Fassbinder répond dans le journal
Die Zeit aux accusations dont fait l'objet sa pièce
Les Ordures, la Ville et la Mort. Extrait de
L'Anarchie de l'imagination, livre d'entretiens paru à L'Arche.
Est-ce que ce n'est pas une faute, de la part d'un auteur, de mal apprécier les effets que va produire sa pièce ?Absolument pas. Les pièces de théâtre ont toujours été des réactions spontanées à la réalité - et cette pièce est une réaction spontanée à la réalité que j'ai trouvée à Francfort. Je pense que, depuis 1945, les juifs ont constamment fait, en Allemagne, l'objet d'un tabou, inculqué principalement aux jeunes, qui n'ont eu aucune expérience directe des juifs, et que cela peut mener à une hostilité à l'égard des juifs. Quand j'étais enfant et que je rencontrais des juifs, on me disait, en chuchotant :
"C'est un juif, comporte-toi bien, sois gentil." Ça a continué comme ça, avec certaines variantes, jusqu'à ce que j'aie 28 ans et que j'écrive cette pièce. Je n'ai jamais pu penser que cette attitude était bonne.
Vous craignez donc que le philosémitisme, cet esprit dans lequel nous avons presque tous été élevés, qui est une sorte de règle du jeu dans la vie de la République fédérale, puisse favoriser un nouvel antisémitisme ?Absolument. Robert Neumann a dit : "Les philosémites sont des antisémites qui aiment les juifs".
Vous reprochez aux gens qui attaquent votre pièce un antisémitisme latent, parce qu'ils ne font rien d'autre que projeter dans un personnage (le "juif riche"), qui dans votre idée était tout différent, leurs propres préventions et leurs propres angoisses, leur propre bienveillance mêlée d'angoisse à l'égard des juifs. Etes-vous vous-même totalement dénué de préjugés ? Peut-on, doit-on l'être, après tout ?Je ne peux pas dire : je n'ai pas de préjugés vis-à-vis de ce qui est arrivé aux juifs sous le IIIe Reich. Mais j'en ai incontestablement moins que ceux qui m'attaquent. Si j'avais lu la pièce autrefois, j'aurais peut-être découvert moi aussi dans le personnage du juif cette lubricité, ce côté épouvantail qu'on y a lus - et qui ne sont pas du tout dans la pièce si on la lit attentivement et calmement. Le juif est le seul personnage dans la pièce qui soit en mesure d'aimer, le seul qui soit à même de voir dans la langue qu'il parle une convention entre les gens. C'est un personnage qui a incontestablement des traits positifs.
Source Externe : Le monde 19 juin 2003
Inséré le : 18/06/2003 00:00